Quinze minutes par jour à partager pour redonner le plaisir de lire

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En cette Journée internationale du Livre, les éditeurs belges invitent les parents à redonner le goût de la lecture à leurs enfants. Leur idée : partager chaque jour quelques pages durant une quinzaine de minutes.

Quinze minutes de lecture, c'est beaucoup et peu à la fois. Cela peut paraitre long pour celui qui ne tient pas en place et qui a pris l'habitude de poser son regard sur un écran sans parvenir à s'en détacher. Mais quand le plaisir prend le pas sur l'effort, les minutes filent et les pages se tournent à une cadence infernale.

Lire avec ses enfants durant un quart d'heure chaque jour, c'est le défi quotidien proposé par l’Association des Éditeurs Belges (l'ADEB), le Centre de Littérature jeunesse et la Foire du Livre de Bruxelles. Un moyen pour eux de sensibiliser les enfants, mais aussi leurs parents, à l'importance de la lecture. "Nous estimons en effet qu’en tant que professionnels du livre, il est de notre responsabilité d’apporter notre contribution à cet indispensable combat en faveur de la lecture et de la maîtrise du français" expliquent-ils.

Leur initiative, nommée Tout le monde lit, est né d'un constat préoccupant : selon le rapport PIRLS sorti en 2016, les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne maitrisent et ne comprennent pas assez leur langue. À dix ans, ils ne sont que 22% à atteindre des niveaux de compréhension élevés ou avancés du français, occupant la dernière place d'un classement européen qui situe sa moyenne à 50%.

Face à cette situation, les acteurs belges de l'édition ont donc décidé d'agir. Depuis trois ans, ils profitent de la Journée internationale du livre du 23 avril pour inciter les enfants à s'approprier l'objet. "Nous ne sommes ni pédagogues, ni politiques mais en tant que professionnels du livre, nous devions essayer de trouver des solutions, signale Simon Catserman, directeur délégué des éditions du même nom et président de l'ADEB. L'idée est simple mais elle semble fonctionner. Comme toutes les activités, le plaisir vient de la maitrise et de la pratique."

Concrètement, les parents sont invités à prendre ce petit quart d'heure avec leur enfant et à en faire un rituel, qu'ils pourront partager sur les réseaux sociaux via #ToutLeMondeLit. "On part du principe que l'enfant aime imiter ses parents et on compte sur un apprentissage par l'exemple. On sait que le plaisir de prendre un livre est présent chez eux mais il est important de l'accompagner dans cette démarche."

Comprendre, discuter, philosopher

Si le premier objectif est de transmettre le goût de la lecture, il doit également répondre à un besoin d'apprentissage. "Une moins bonne maitrise de la langue implique un apprentissage plus compliqué. Les chiffres du rapport PIRLS évaluent le niveau à 10 ans, mais je vous garantis qu'il ne sera pas meilleur à 15." Selon lui, un tiers des enfants de dix ans sont encore des lecteurs débutants. "Le constat peut déjà être posé dès 6 ans. Il faut y remédier le plus tôt possible pour ne pas laisser l'élève dans la difficulté."

Comment expliquer des résultats aussi alarmants en FWB ? "Je n'ai pas l'intention de juger le travail des enseignants. Mais je pense que l'on n'insiste pas assez sur ce qui entoure la lecture. Quand un enfant lit une phrase, il doit pouvoir la comprendre, la discuter et y répondre. Il doit prendre du plaisir à dialoguer, et même à philosopher. Il n'y a pas d'âge pour la philosophie." Simon Casterman est donc allé voir ce qui se faisait au Québec, nettement mieux placé que nous au classement PIRLS. "Les Québécois ont décidé de mettre les enfants en contact avec les livres, en multipliant les bibliothèques dans les écoles. Là-bas, les enfants rentrent à la maison avec un livre dans leur cartable. L'équipement est fondamental, mais c'est donc aussi une question de moyens et de volonté politique."

Naïvement, on pourrait penser que cette période de confinement pourrait inciter les enfants à lire pour passer le temps. Un enthousiasme tempéré par Simon Casterman. "Les enseignants signalent souvent qu'un élève qui maitrisait la lecture à la fin de la première année revient avec des lacunes au début de la deuxième. Ce qui veut dire qu'il n'a pas entretenu sa lecture durant les deux mois de vacances. On peut craindre que la même chose se produise ici, avec un mois sans école et les vacances qui arrivent. Cette période ne sera propice qu'à ceux qui ont des livres."

L'initiative Tout le monde lit n'aura donc jamais été aussi pertinente. La balle est dans le camp des parents qui pourront eux aussi peut-être redécouvrir les bienfaits du livre. Toutes les infos sur www.toutlemondelit.be

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