L'affaire d'Outreau, la série-docu événement sur cet incroyable fiasco judiciaire

Docu-fiction coproduit par RTL-TVI, piloté par Georges Huercano, L’affaire d’Outreau ausculte les recoins et les replis d’un des plus grands désastres judiciaires de ces vingt dernières années.

L'affaire d'Outreau, la série-docu événement sur cet incroyable fiasco judiciaire
Jonathan Delay, Daniel Legrand, Thierry Dausque et Alain Marécaux. © Prod.
Diffusion le 10 janvier à 19h50 sur RTL-TVI

Que des gens aient été incarcérés pour être finalement reconnus non cou­pables, c’est inadmissible. La justice, si elle a fait des erreurs, doit le payer elle-même”. Les mots sont forts. Ils sont de Jacques Chirac. Ces mots, on les entend dans la première scène d’un docu-fiction en quatre parties consacré à l’échec du dossier sur l’affaire d’Outreau , “désastre judiciaire sans précédent”, toujours selon le ­président de la République. Tout commence en décembre 2000 quand les quatre enfants du couple formé par Myriam Badaoui et Thierry Delay sont placés, séparément, dans des familles d’accueil à la suite de violences familiales. Domiciliée à la Tour du Renard à Outreau, petite bourgade du nord de la France, la famille est connue des services de ­protection de l’enfance. Un jour, un des gamins réclame une cassette porno à son assistante maternelle, “comme à la maison”… Interrogés, ses frères tiennent le même discours, expliquant que “papa et maman leur font des manières”. Interpellé, le couple passe rapidement aux aveux face au juge d’instruction, Fabrice Burgaud. Et puis, les choses s’accé­lèrent, on parle d’un réseau pédophile… Les enfants évoquent d’autres victimes, Myriam ­Badaoui fait des révélations, impliquant des ­connaissances, mais aussi des personnes qu’elle n’a jamais croisées. Les médias s’emparent de l’affaire…

Un dossier qui ne repose sur rien

Georges Huercano, alors journaliste à la RTBF, enquête. Il est le premier à dénoncer ce qui apparaîtra plus tard comme une évidence: le dossier ne repose sur rien. “J’ai rencontré les familles des per­sonnes accusées et alors en détention, explique ­Huercano. J’ai ainsi découvert des éléments factuels qui démontraient que la thèse avancée par Myriam Badaoui - et dans un deuxième temps par la justice - ne tenait pas. On présentait Daniel Legrand père comme le chef d’un réseau pédophile. Or, ce genre de chef est organisé et dispose d’argent. Lorsqu’il a été incarcéré, son épouse a été contrainte de retourner vivre chez sa fille, faute de moyens. Elle avait en sa possession des fiches de paie reprenant les heures de travail de son mari, qui correspondaient aux périodes où il était ­supposé violer les enfants. Des preuves dont la police n’a pas tenu compte.” Un exemple parmi tant d’autres incohérences, ce qui n’empêche pas l’instruction de poursuivre et de renvoyer dix-sept personnes devant la cour d’assises de Saint-Omer. En 2004, lors du premier procès, Myriam Badaoui ­craque et avoue avoir menti: ils n’étaient que quatre à abuser des enfants. Malgré ces aveux, six personnes innocentes seront condamnées et ne seront blanchies qu’un an plus tard, lors d’un procès en appel à Paris.

https://twitter.com/France2_Presse/status/1607748220578414593

Reconstitutions et interviews

En reconstituant la chronologie des faits, les réalisateurs Agnès Pizzini et Olivier Ayache-Vidal ­per­mettent de mieux comprendre comment un tel enchaînement d’erreurs a été possible. Sur une idée de Georges Huercano, qui a suivi le dossier tout au long de son évolution et noué des contacts privilégiés avec une partie des acteurs, leur docu-fiction est bâti sur une mise en scène innovante. Dans une partie des reconstitutions, imaginées à partir des trente-huit tomes du dossier judiciaire, on revit les interrogatoires, mais aussi des scènes de la vie ­quotidienne. Des interviews ponctuent ces scènes tournées en Belgique dans un studio de Vilvorde et basées sur des images d’archives. Face caméra, quatre acquittés (Thierry Dausque, Dominique Wiel, Daniel Legrand, Alain Marécaux) et deux des enfants ­accusateurs (Jonathan Delay et ­François-Xavier Marécaux) livrent leur vérité, parfois différente de celle actée par la justice.

Certains acteurs du dossier - le juge, par exemple - ont refusé de participer au projet. Quant au couple Delay-Badaoui, il n’a pas été contacté, l’idée étant de donner la parole aux victimes. En vingt ans, beaucoup de choses ont été dites et écrites sur l’affaire d’Outreau. Georges Huercano voit ce docu-fiction comme une manière de boucler la boucle. “Il est difficile d’aller plus loin, conclut le journaliste. Il n’y aura plus de rebondissements. Chacun va rester sur ses positions.” Un cycle qui ne semble pourtant pas ­terminé puisque Netflix travaille sur la production d’un autre documentaire lié à l’affaire…

Le prêtre et l’accident de la vie

Le prêtre-ouvrier Dominique Wiel vivait au cinquième étage de la Tour du Renard, à quelques portes des Delay-Badaoui. Accusé par certains enfants et par Myriam Badaoui, il a été incarcéré pendant près de trois ans, avant d’être lui aussi innocenté. À sa sortie de prison, il retrouve Outreau et s’investit dans l’accueil des migrants à Calais. “J’ai voulu y rester le temps nécessaire pour que les gens ne se disent pas que je partais trop vite et que j’avais quelque chose à cacher”, explique-t-il. Installé désormais à Calais, il jette un regard serein sur l’affaire qu’il considère comme un “accident de la vie”, même s’il avoue ne pas avoir tourné la page. “On ne tourne jamais la page. Avoir changé d’horizon m’a aidé, mais il suffit d’un bout de film pour que tout me revienne.” Interrogé sur les dédommagements, il sourit… “Nous avons été sérieusement dédommagés, conclut-il. Bien plus que d’autres personnes qui auraient été dans le même cas. L’État a eu peur de la médiatisation et a mis le paquet. Ce qui a profité aux avocats, et tant mieux pour eux.

l'affaire d'outreau

© Prod.

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