François De Brigode fête ses 25 ans de JT : «J’ai des partisans et des opposants, voire même des ennemis»

François De Brigode fête ses vingt-cinq ans de JT ce jeudi, anniversaire qu’il pourrait facilement organiser dans votre salon tant il est habitué à le fréquenter. Focus sur ce personnage du quotidien.

françois de brigode présente le JT de la RTBF
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J’ai remplacé quelques fois Jacques Bredael, et puis le premier décembre 1997, je m’installe au JT”. Vingt-cinq ans plus tard, il y est toujours - incarnation d’une information sérieuse sur une tranche de référence. Le jeune Carolo, qui écoutait Les routiers sont sympas et Impédance, démarre son parcours en radio et... à RTL en 1985 avant de passer et de réussir (“avant-dernier”) l’examen de journalisme de la RTB (“le graal”) en 1987. Depuis vingt-cinq ans, il déboule dans notre salon pour nous raconter la marche du monde, récit ininterrompu à travers lequel il a imposé un style, une voix et une diction. François De Brigode n’est pas que journaliste, il est aussi un personnage - figure rassurante pour les uns, emblème agaçant pour les autres. L’histoire de son installation dans notre salon commence par un téléphone qui sonne… “Michel Konen, rédacteur en chef de l’époque, m’appelle un soir pour me dire que j’ai été choisi pour présenter le journal de 13 heures, raconte-t-il. Je n’hésite pas, je fonce. Depuis belle lurette, RTL a lancé son 13 heures et, après pas mal de tergiversations, on finit par créer un journal de la mi-journée. Je fais partie de ceux qui ont cette très mauvaise idée de placer ce journal à 12h45. Les gens venaient chez nous, regardaient les principaux reportages et, après dix minutes, basculaient vers la concurrence. Après avoir reconnu notre erreur, on a placé le journal à 13 heures. Encore aujourd’hui, je considère qu’il est plus difficile de concevoir un journal de 13 heures qu’un 19h30 - le 13 heures, c’est le journal de l’actualité en train de se faire avec beaucoup de choses inachevées et de dernière minute.

François de Brigode

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Bye Bye Belgium

Diffusé le 13 décembre 2006, Bye Bye Belgium, happening média­tique qui a fait trembler le pays, continue d’inspirer les commen­taires. C’est sans doute l’événement le plus marquant de sa carrière. “En 2004, les gens de Strip-tease m’appellent, ils m’expliquent avoir un truc à me proposer. Je vais les voir et je comprends qu’il y a déjà une ­atmosphère de secret. Ils mettent des heures à accoucher du truc, et ils me demandent si je serais d’accord de présenter un vrai faux journal. C’est assez confus, mais sur le principe je suis d’accord. Là où je dis tout de suite non, c’est lorsqu’ils proposent de diffuser ce vrai faux journal à 19h30. Un truc de ­dingues, quoi. Le lendemain de la diffusion, je me suis retrouvé dans la position de l’accusé devant deux cents caméras du monde entier, je me suis senti un peu mal à l’aise. Encore aujourd’hui, il y a des gens que je fréquente qui ne sont pas d’accord avec cette émission et disent qu’on a triché avec la déontologie.  Je ne regrette rien, et j’en suis fier, même si on a failli être virés ou placardisés. Ce qui m’a fait mal, c’est la notification du CSA  pour ”atteinte à la dignité humaine”, d’autant que, de façon surréaliste, j’ai dû lire à l’antenne un texte qui ressemblait à ma propre condamnation. Plus tard, on nous réattaquera en prétendant qu’on a été les initiateurs des fake news, alors qu’il ne s’agissait pas d’une fake news, mais d’un hoax, un canular.

https://www.youtube.com/watch?v=kkm23BUhkr8

D'autres moments forts

Quand on présente le JT, on est professionnel mais jamais vraiment de marbre - même si on essaie de ne rien en montrer à l’écran. “J’ai été marqué par les attentats de Bruxelles, on se dit quand même “c’est à côté de chez moi”. En plus, notre collègue Michel Visart a perdu sa fille dans l’attentat du métro, et l’homme - dont le chagrin est quotidien - a été exemplaire. Au début de la crise du Covid, j’ai également été très impressionné par un reportage de notre correspondante en Italie, Valérie Dupont. Un sujet où on voit des corps couchés sur le ventre et dans lequel une infirmière dit: “Je ne sais pas à quoi je sers, je ne sais pas si un de ces patients sortira vivant”. Grosse émotion! L’après-midi, on assiste à une montée spectaculaire des chiffres chez nous, diffuser le sujet de ­Valérie peut semer la panique, mais nous décidons d’inviter Marius Gilbert... Le sujet est atténué par l’intervention en plateau de Marius Gilbert qui - à ce moment-là - sait qu’il a une responsabilité. L’affaire Dutroux me touche aussi particulièrement parce qu’on a dû en tirer des leçons: dans l’emballement et la précipitation, on a commis certaines erreurs.

 L’importance de l’image

Cette photo date de 1993 et a été prise sur le plateau du jeu Génies en herbe. “Je ne suis pas très porté sur ce genre de participation parce que j’estime que ce n’est pas mon rôle. Je n’aime pas trop sortir de mon cadre professionnel et de mon rôle qui doit être strict. Je n’aime pas me mettre “à toutes les sauces”. J’ai du respect pour le divertissement et pour ce que fait Ophélie ­Fontana dans le cadre de l’opération Viva For Life, mais ce n’est pas du tout mon truc. L’image est très importante. On a tous notre dose d’emmerdes au quotidien, mais quoi qu’il arrive dans notre vie privée, qu’on ait passé une bonne journée ou une journée compliquée, de 19h30 à 20h05, on doit être impeccable. Le journal est basé sur un tel souci de perfection qu’on ne peut pas apparaître pas en forme ou fatigué. Quand on présente le journal, c’est une contrainte, mais elle n’est pas négative. Et s’il m’arrive de me plaindre, je pense à mon père lorsqu’il me disait “c’est quand même moins dur que de descendre à la mine”. Tout est dit...

de brigode

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L’évolution du métier

“La concurrence c’est l’information elle-même. Le flux est si tendu qu’on doit toujours coller à l’actualité et on fait moins de sujets fignolés. Le tout n’est pas de donner l’info, le tout est de savoir comment on va la donner et comment on va l’analyser. Quant aux réseaux sociaux - je ne suis pas sur Twitter, je n’en vois pas l’intérêt -, ils ont amoindri la fonction d’éclaireur des journalistes, même si je crois que beaucoup de gens ont encore besoin des médias traditionnels. Enfin, pour en revenir à ma place dans l’équipe, j’ai des partisans et des opposants, j’ai même des ennemis, mais je préfère car il n’y a rien de pire que les gens lisses. Tout le monde a droit à l’erreur, et de temps en temps, je fais des erreurs.

L’influence et l’ambition

Vu de l’extérieur, François De Brigode renvoie une image de patron du JT, une sorte de taulier qui ferait la loi chez lui. Il n’est pourtant que le locataire du siège sur lequel il raconte le monde. “On pourrait dire que j’exerce de l’influence sur le JT. Après vingt-cinq ans, heureusement que j’en ai! Mais le journal, c’est un travail collectif. J’ai un petit pouvoir d’influence, mais je ne décide évidemment pas des dix-sept sujets du journal.” Quant à son ambition, ses velléités de manager, il coupe court et explique pourquoi il n’y va pas. “J’ai vu mon père, qui était un architecte très branché sur le social, devenir directeur de La Cambre Architecture et je l’ai vu au fil du temps être marqué. Un jour, je lui ai demandé ce qui n’allait pas et il m’a répondu: “Je ne fais plus mon métier”. Il a fini par démissionner. Ça m’a servi de leçon, mais ça m’a peut-être aussi paralysé dans le registre de l’ambition.

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