Le film de votre soirée : Les Intranquilles, plongée sans fard au cœur de l’intime

Lafosse ausculte les dysfonctionnements de la famille par le prisme de la maladie. Mais c’est un vibrant film d’amour qu’il nous livre.

les intranquilles de joachim lafosse
© Prod.
Diffusion le 20 novembre à 20h30 sur Be1

Damien est artiste-peintre. Damien déborde de créativité, d’énergie. Damien déborde de partout, de son corps, des limites. Damien est malade: il est bipolaire. Et sa maladie déborde inévitablement sur la petite famille qu’il forme avec Leïla, sa femme qui l’aime si fort depuis les débuts, et sur son fils…

Notre Joachim Lafosse est comme le Français François Ozon: d’abord un grand cinéaste, extrêmement doué. Mais avant tout un cinéaste de l’intime, de la famille. Qu’il observe avec une justesse qui trouble. Car il gratte jusqu’à l’os, plonge tête la première dans les mystères de la solitude, derrière la face cachée des sourires. Le cinéaste semble en effet obsédé par le " vrai ", au point d’exposer à la lumière l’intime dans ce qu’il recouvre parfois d’horrible. Lafosse semble nous dire de film en film que la confrontation permanente avec la vérité crue des choses est peut-être la voie d’une forme de bonheur.

Et avec ce superbe 9e film, il tient le sujet idéal pour creuser encore plus profond cette vérité. La maladie, qui ronge Damien, mais aussi tout le cadre du film (Joachim aspire avec génie ses personnages et son public dans le mal de Damien) n’agit-elle justement pas comme une loupe grossissante sur les dysfonctionnements du couple et de la famille? Pour cette plongée sans fard au cœur de l’intime, le cinéaste peut compter sur deux sublimes comédiens, Leïla Bekhti et Damien Bonnard, la chair de son histoire. Il ne jouent pas, ils vivent littéralement ensemble ce mouvement cyclique infernal: les crises et le corps de Damien en surchauffe versus le corps las de Leïla qui dans un mouvement inverse s’éteint. Et qui entraîne inexorablement leur couple dans le mur. Mais, c’est comme si le regard adouci, paradoxalement plus apaisé et bienveillant de Lafosse sur ses personnages, leur prêtait encore vie. Et l’envie de continuer. Avec une lumière tendre inédite chez lui, Lafosse transforme la dérive d’un couple en un film d’amour fou. Beau..

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