Bigflo et Oli : "L’humilité et l’autodérision, c’est notre double arme"

Binôme fraternel du rap français, Bigflo & Oli ont muté en phénomène de société. Ils sont en veine de confidences dans Hep taxi!  À voir avant leurs concerts belges.

bigflo et oli
© Prod.
Diffusion le 13 novembre à 22h20 sur La Trois

En 2015, quand ils veulent entrer dans “La cour des grands” (titre de leur premier album), ­Bigflo et Oli sont, au mieux, considérés comme un buzz, au pire, comme un groupe de lycée sans la moindre crédibilité auprès de l’élite des musiques urbaines. Aujourd’hui, il n’y a plus débat.  Comme Orelsan ou Lomepal, les frangins ­toulousains ont acquis ce rare privilège de plaire aux fans de hip-hop sans déplaire aux parents. Leurs plus gros tubes (Coup de vieux avec Julien Doré, Dommage, Sur la Lune) ­sonnent d’ailleurs plus “chansons” que rap. Documentaire sur Netflix, concerts sold-out, clips ­sensationnels, ils sont partout. En télé, ils deviennent même les têtes de gondole rêvées pour rajeunir et élargir les audiences.

Ils ont ainsi inauguré la nouvelle émission Un dimanche à la campagne de Frédéric Lopez, en prime sur France 2, montent ce dimanche 13 novembre dans le taxi de Jérôme Colin et occuperont deux sièges dans le jury de The Voice France 2023. Un phénomène! “C’est peut-être parce qu’on fait du rap accessible, nous expliquent-ils. Il ne faut pas de décodeur pour comprendre nos textes, on parle de ce qu’on observe autour de nous.” En intro de leur nouvel album “La vie des autres” paru en juin dernier, Flo(rian) et Oli(vio) Ordonez évoquaient la pression ressentie et ce besoin de “retrouver le feu”. Aujourd’hui, leur stress est redescendu et la niaque est revenue. “L’accueil réservé à ce quatrième album et la prévente des tickets de nos prochains concerts montrent qu’on a réussi à s’inscrire dans la durée. C’est important pour nous. Après le succès de “La vie de rêve” en 2018 et la tournée euphorique qui a suivi, nous avons pris une longue pause. Nous voulions prendre le temps de déconstruire Bigflo et Oli. Nous avons tout mis à plat, y compris notre relation frère-frère. Nous sommes même passés par la case “psy”. Notre relation a toujours été très fusionnelle. Pendant notre enfance, et encore davantage au début de notre projet musical, nous pensions que nous étions pareils. Aujourd’hui, nous comprenons que nous sommes différents et qu’il ne faut pas lutter contre ça. Au contraire, c’est une force.

Humilité et autodérision

Bigflo, c’est le chef d’orchestre. Formé à l’académie de musique, il compose au piano, bidouille à l’ordinateur, est extraverti et coupe souvent son frangin en interview. Oli est plus dans l’introspection. C’est le ­littéraire du binôme, celui qui a le sens de la punchline et a toujours trois coups d’avance sur l’échiquier de la vie. La plupart des rappeurs francophones écrivent leurs textes mais font appel à des beatmakers pour leur production. Chez Bigflo et Oli, tout est fait maison. “Je suis souvent frustré qu’on ne mette pas le talent musical de mon frère en avant”, souligne Oli. Tous deux partagent aussi un sens profond de l’humilité et de l’autodérision. Deux caractéristiques plutôt rares dans le hip-hop francophone qui a souvent tendance à se prendre très (trop) au sérieux. “C’est notre double arme depuis le début. Mais on est comme ça dans la vie. Cette autodérision nous permet aussi de mieux faire passer des messages. On ne va pas s’inventer un passé qu’on n’a pas vécu. On vient de Toulouse, on a grandi dans un chouette quartier et on a été élevés dans une famille heureuse. On se voyait mal débarquer avec des morceaux où nous étions en colère ou à la recherche d’ennemis.

En cherchant un peu sur YouTube, on tombe sur une vidéo étonnante. Une école en Chine avec 150 enfants qui apprennent la langue française en chantant Sur la Lune de Bigflo et Oli. “Un truc de dingue, qui aurait pu imaginer ça? On ne va pas se mentir, ça nous fait plaisir de nourrir la bande-son d’autres existences, comme nous avons nous-mêmes fait notre éducation en écoutant ­Orelsan ou Soprano.

Le 24/1, Ancienne Belgique (complet). Le 24/3, Palais 12, Bruxelles.

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