La tragédie du Heysel, le documentaire choc de RTL-TVI qui décortique le drame

La tragédie du Heysel, série documentaire choc, décrypte la soirée cauchemardesque du 29 mai 1985 et démontre l’enchaînement des maladresses et des incompétences qui ont mené au chaos.

tragédie du heysel
© RTL-TVI
Diffusion le 18 octobre à 19h50 sur RTL-TVI

On le sait, l’histoire a la mémoire courte. Personne n’est-il capable de tirer les enseignements du passé? Question légitime quelques jours avant la diffusion de cette série documentaire et quelques jours après qu’un mouvement de foule dans un stade indonésien a tué 131 personnes. Pour rappel, quelques mois plus tôt, à Paris, la finale de la Ligue des Champions, opposant le Real Madrid à Liverpool, aurait pu, elle aussi, dégénérer. Après les événements du Heysel – la soirée noire du 29 mai 1985 -, et le procès qui a suivi, plusieurs mesures ont été prises, notamment pour lutter contre la violence dans les stades. Et pourtant…

Expliquer la catastrophe du Heysel uniquement par le prisme du hooliganisme serait réducteur. C’est ce que montre ce documentaire en six épisodes coproduit par RTL-TVI. Jean-Philippe Leclaire (rédacteur en chef adjoint de L’Équipe, auteur du livre Le Heysel, une tragédie européenne) et Jan Verheyen (Le verdict, Dossier K) reviennent sur la chronologie des faits et démontrent comment “une histoire banale s’est transformée en tragédie”. Un scénario digne d’un film catastrophe revécu à travers les nombreuses images d’archives, rythmées par des témoignages glaçants. La série fait défiler des images parfois insoutenables et immortalisées par les équipes de télévision présentes sur place. Un cameraman raconte qu’il a hésité à filmer mais que “pour rendre compte de ce qui se passait”, il a préféré laisser tourner sa caméra. Rendre compte de ce drame, c’est aussi le sentiment qui anime Jean-Philippe Leclaire. “Diverses versions de cet événement traumatique cohabitent, commente-t-il. À travers ce documentaire, on ne cherche pas uniquement à définir les responsabilités mais à donner les différents points de vue, même si certains restent difficiles à entendre.

L’accumulation et le chaos

Le film montre une ville sous le soleil. Ce jour-là, c’est la fête à Bruxelles qui accueille la finale de la coupe des clubs champions. L’affiche de rêve oppose le F. C. Liverpool, alors plus grand club d’Europe, et la Juventus de Turin où évoluent une grande partie de l’équipe nationale italienne et un certain Michel Platini.

C’est une rencontre sous tension. Liverpool a en mémoire sa défaite quelques mois plus tôt face à la Juve en finale de la Supercoupe – ce qui gonfle les supporters anglais d’un certain esprit revanchard. L’année précédente, lors d’une autre finale à Rome, ils avaient dû se réfugier dans l’ambassade britannique suite aux attaques des tifosis romains… On le découvre dans le premier épisode, c’est une accumulation de “petites choses” qui a conduit au drame du Heysel. À l’aube, tout semblait avoir bien commencé. Les supporters affluaient par milliers dans les rues de Bruxelles, sous un soleil de plomb. Les chants résonnaient, amplifiés par les litres de bière engloutis. Aux abords du stade, c’est la même ambiance. Sauf que… Les premiers signes d’un possible incident ne tardent pas. Certains achètent leur ticket au marché noir pour pénétrer dans le stade et perturbent la répartition des supporters. Certains vont jusqu’à desceller des pierres du stade, vétuste pour y entrer! D’autres patientent en attendant leur moment, comme le souligne un fan de Liverpool. “En tant que supporter, on se comporte correctement en journée pour ne pas être arrêté et ne pas rater le match”, raconte-t-il dans le film.

À ce cocktail explosif, il faut ajouter un contrôle aléatoire et des fouilles sommaires à l’entrée où l’alcool coule à flots. La situation ne pouvait que dégénérer… Les forces de l’ordre ne sont absolument pas coordonnées. Des policiers non formés aux matches de foot assurent la sécurité à l’intérieur tandis que la majorité des effectifs surveille l’extérieur. L’avant-match est de plus en plus électrique jusqu’au point de bascule: après avoir balancé des pierres et des fusées, des supporters anglais logés dans la tribune X chargent des supporters italiens, regroupés dans la tribune Z. Pour échapper à l’assaut, certains tentent de passer sur le terrain – protégé par des grillages impossibles à ouvrir. D’autres se massent contre le mur d’enceinte qui finit par s’effondrer… Des hommes périssent, étouffés ou piétinés. Ailleurs dans le stade, inconscient du drame qui se joue, le reste du public chante. La suite ressemble à un mauvais film: forces de l’ordre dépassées, improvisation totale et chaos. Les corps seront évacués et cachés sous des tentes pour que le match puisse se jouer…

La force des témoignages

C’est une des forces de ce documentaire: des témoignages des acteurs (forces de l’ordre, services de secours, autorités, anciens joueurs, rescapés) et des victimes ou de leurs familles. Et aussi des auteurs. Parmi les témoignages recueillis dans le cadre de ce puissant documentaire, il y a celui de Terry Wilson – âgé d’à peine 18 ans en 1985. Terry fait partie des hooligans anglais. Identifié sur les images, il sera lourdement condamné par la justice (5 ans de prison d’où il sortira après 18 mois). Aujourd’hui maître-nageur, il s’est réfugié dans la religion mais accepte de revenir sur les événements. D’autres restent muets. “Trente-sept ans après les faits, beaucoup refusent de prendre la parole, surtout parmi les joueurs de ce match, explique Jean-Philippe Leclaire. C’est le cas de Michel Platini – auteur du but de la victoire pour la Juve – qui n’a jamais remis les pieds dans le stade malgré les nombreuses occasions qu’il a eues. Il reste hanté par les fantômes du Heysel.” Comme les familles des 39 morts et des 450 blessés.

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