Adolescentes, le pendant féminin et réel de Boyhood

Sébastien Lifshitz, qui a signé Les invisibles sur les pionniers LGBT, filme durant cinq ans le quotidien et les transformations d’Emma et Anaïs, deux adolescentes de Brive-la-Gaillarde. Des instants magiques.

ADOLESCENTES
© Prod.
Diffusion le 28 septembre à 20h55 sur Arte

Réalisateur sensible de l’intime et de la différence (voir le très délicat Petite fille diffusé dans la foulée sur Arte), Sébastien Lifshitz poursuit son exploration du passage, de la métamorphose chez ses semblables. Transformation dont le point d’orgue se situe à l’adolescence (salle d’attente souvent douloureuse du monde adulte), c’est à nouveau cette étape de la vie qu’il filme à bonne distance dans cette chronique attachante de la vie d’Emma et Anaïs, deux lycéennes de Brive-la-Gaillarde. Avec une attention davantage portée sur les corps et l’incarnation, Lisfschitz va suivre leur parcours durant cinq ans, de 13 à 18 ans, livrant son “Girlhood”, pendant féminin de Boyhood, si beau film de Richard Linklater, qui suivait avec grâce le quotidien d’une famille sur une décennie. À la différence que si Adolescentes est éminemment cinématographique, Emma et Anaïs ne sont pas actrices. “Juste” deux filles, aussi différentes que l’on puisse l’être, deux amies inséparables. Qui vont devoir “faire avec la vie” et moins se voir lorsque l’une suivra la filière professionnelle tandis que l’autre poursuivra dans la générale à l’école.

S’invitant délicatement, Lifshitz en filme les étapes avec une extrême pudeur, suivant leurs rites de passage vers le monde adulte, la pression scolaire, les choix d’orientation quand tout est à construire, leurs relations amoureuses, familiales, leurs espoirs et inévitables déceptions, au gré de certaines séquences magiques et qui brisent aussi parfois le cœur. Ce portrait de deux jeunes filles au caractère trempé fait un peu penser, par son sens du détail et de l’authenticité, au livre Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu, Lifshitz traçant à la fois une radioscopie très pertinente et poétique de leur amitié adolescente à l’épreuve du temps, et celle d’une certaine France “du milieu” des années 2010. Beau, tout simplement.

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