Jérôme Colin : "Hep taxi! est une exception, c’est Le jardin extraordinaire de la ­culture"

Depuis vingt ans, dans ce taxi, s’est imposé un style d’entretien qui doit beaucoup à son chauffeur. Le numéro anniversaire de Hep taxi! déboule avec des surprises grosses comme ça.

Jérôme Colin fête les vingt ans de Hep Taxi
Jérôme Colin doutait que l’émission dure plus de deux saisons. © RTBF

Depuis septembre 2002, le taxi-culture de la RTBF a accueilli plus de 400 invités, issus de tous les horizons. Cherchant à se réinventer au fil des époques, l’émission s’adapte à l’air du temps, inaugure cette année son nouveau véhicule – un taxi londonien électrique – et fête ses vingt ans. Visage de ce rendez-vous pas comme les autres, Jérôme Colin dresse le bilan de ces années passées derrière un volant à fixer son rétroviseur et questionner les clients de la banquette arrière.

Comment est né Hep taxi!?
Jérôme Colin  - Il y a vingt ans, l’équipe culture de la RTBF, dirigée à l’époque par Anne Hislaire, a adhéré à l’idée présentée par Renaud Falys: proposer une interview, mais en mouvement dans un taxi. Ils ont fait un casting où je me suis présenté, mais c’est Vincent Lecuyer (comédien de théâtre – NDLR) qui a été choisi. Après la ­première saison, lorsqu’il a décidé d’arrêter, je me suis installé à la place du chauffeur et je n’en ai plus bougé.

Quel héritage vous a laissé votre prédécesseur Vincent Lecuyer?
Vincent est un acteur et jouait un rôle de chauffeur un peu solaire. Ce n’était pas mon truc, je ne sais pas faire ça. Chacun son style…

Quelle a été votre première impression en découvrant le concept?
Ce qui m’a plu, c’est le principe de faire des interviews sans se regarder dans les yeux. On ne se juge pas, on va juste regarder la route et entretenir une discussion à bâtons rompus. Et la route, il n’y a pas de plus bel endroit pour réaliser une interview absolument pas classique.

Aviez-vous imaginé une telle longévité?
Il y a vingt ans, l’avenir était quelque chose qui n’existait pas. Je pensais que l’émission allait s’installer pour une ou deux saisons. Dans le ­paysage médiatique d’alors – et encore plus aujourd’hui – personne n’ose penser qu’un programme durera aussi longtemps. Hep taxi! est une exception, c’est Le jardin extraordinaire de la ­culture. À titre plus personnel, l’émission a ­traversé toute ma vie ­professionnelle. Quand j’analyse toutes les thématiques que j’y ai abordées, je peux relire ma vie à travers cette émission.

Au fil du temps, le panel s’est élargi…
Au début, on a galéré pour convaincre les invités, mais au fil des saisons, il y a eu des déclics. Aujourd’hui, certains artistes demandent eux- mêmes à participer. C’est parce que l’émission est installée et qu’elle est diffusée sur TV5 Monde. Cette visibilité dans le monde entier est importante pour les artistes. Et puis, ils ont compris que nous étions bienveillants. Hep taxi! n’est pas là pour attaquer ou juger les gens. Savoir qu’ils ne vont pas se faire lyncher est rassurant.

L’émission s’est aussi adaptée aux différentes époques traversées…
D’un point de vue technologique, on a forcément évolué et c’est encore le cas aujourd’hui dans notre nouveau taxi, un petit bijou de technologie. Mais la grande révolution concerne évidemment l’évolution écologique. Aujourd’hui, après la Tesla, nous utilisons un LEVC. Mais même lorsque nous utilisions une voiture avec un moteur à explosion, nous étions moins polluants qu’une émission en plateau où se retrouvent quarante personnes.

Les personnalités qui vous ont marqué? 
Il y en a tellement… Je me souviens de Vincent ­Lindon, Étienne Daho, Louise Bourgoin. Mais aussi André Dussollier qui m’a dit “Ne vous inquiétez pas, Jérôme, le courage ça vient doucement”. J’ai d’ailleurs remis cette phrase dans mon premier roman, Évitez les péages. Et puis d’autres m’ont déçu, des gens que j’attendais humainement mais qui n’ont pas été au rendez-vous. Heureusement c’est une minorité.

En 2022, à la télévision, un entretien de quarante minutes, c’est un luxe?
C’est évident. Je trouve qu’on a bien fait de tenir le coup, de ne pas céder aux sirènes du tout haché, tout rapide, du Konbini et qu’on n’a pas essayé de faire du jeunisme. Je constate quelque chose d’important: l’entretien long revient à la mode. Et j’y crois dur comme fer. On ne peut rien tirer en sept minutes, pour que cela soit bien il faut que les choses s’installent.

Vous signez pour vingt ans de plus?
Je ne sais pas, cela voudrait dire que j’aurais fait cette émission toute ma vie. Mais en même temps, si vous m’aviez posé la question il y a vingt ans, j’aurais dit non. Mais c’est tellement privilégié de rencontrer chaque semaine des gens intéressants. Oser dire qu’on va s’en lasser, ce serait honteux.

Comment envisagez-vous le futur?
Je ne sais pas. Il faut attendre que l’avenir arrive pour voir comment on va s’y adapter. On va essayer de rajeunir les invités et faire plus de choses qui parlent aux jeunes. Ils ne regardent pas la télévision, mais Hep taxi! se retrouve sur tous les réseaux et ils en sont curieux. On va essayer de faire des ponts entre les générations pour ne pas devenir trop vite des vieux cons.

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