Détruire rajeunit: revivre la grande grève de l’hiver 1960 et 61

Immersion dans les manifestations de 60-61 qui ont marqué l’histoire de Belgique.

grève
© RTBF
Diffusion le 22 août à 22h20 sur La Trois

Fin 1960, la Belgique, ébranlée par la perte du Congo qui a creusé sa dette, s’apprête à adopter un programme d’austérité XXL surnommé la “loi unique”. Résultat: le pays fait face à l’une des plus grandes grèves de son histoire. Un moment aujourd’hui méconnu que le cinéaste Benjamin Hennot a voulu ici illustrer d’une manière originale près de 60 ans plus tard.

Pour ce faire, il a récolté les témoignages des militants, surtout communistes, ayant manifesté à l’époque et demandé à des étudiants en théâtre de raconter ces récits comme s’ils avaient eux-mêmes vécu l’événement. Une manière de refléter la ­jeunesse des grévistes en 1960. Mais du point de vue du téléspectateur, le jeu d’acteur a beau être de qualité, cette illusion de rencontrer les manifestants peine à convaincre, voire perturbe.

Pire: le docu manque cruellement de contexte. La chronologie est beaucoup trop floue et on aurait presque l’impression que les communistes ici représentés sont les acteurs principaux de la grève, voire les seuls.  Comment ceux qui n’ont pas vécu à cette ­époque-là pourraient par exemple savoir que le socialiste André Renard, à peine cité dans le docu, est le meneur de la grève? Sans connaissances préalables, il est facile de s’y perdre voire de décrocher complètement avant d’arriver ne serait-ce qu’à la moitié du programme.

Et puis on peut se demander quel est le but réel du réalisateur. Veut-il avant tout glorifier la révolte menée à l’époque, ou plus précisément certains acteurs de cette révolte? Le téléspectateur peut croire à un documentaire racontant la globalité de la grève de 60-61 alors qu’en réalité, ce n’est pas tout à fait le cas. Bien sûr, cela ne pose pas de problème de ne s’intéresser qu’à un seul aspect de cet événement, mais alors un peu plus de ­transparence aurait été le bienvenu. Au lieu de ça, on se sent un peu trompé sur la marchandise. Au récit d’anciens grévistes venus de tout le pays parmi les plus radicaux de l’époque, on aurait préféré un panel plus représentatif.

Sur le même sujet
Plus d'actualité