Comment la météo est devenue un programme d’info comme un autre

C’est la plus vieille émission de la télévision et c’est la plus regardée. Installée dans un format qui fait office de rendez-vous, la météo raconte désormais l’histoire de notre quotidien sous le prisme du changement climatique.

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© RTBF

Oubliez l’ancien bulletin se contentant de préciser le temps qu’il fera le lendemain. La météo à la télé a désormais des allures de programme d’information parmi les plus regardés sinon le plus regardé, malgré les multiples applications spécialisées ­disponibles. Reine des audiences, la météo prend désormais tout son temps et s’affiche dans des mini-magazines d’actualité attendus de tous, ­spécialement dans les périodes où le climat n’en fait qu’à sa tête. La grande histoire de la météo à la télé commence en France.  En 1946, Paul Douchy ­présente le tout premier bulletin télévisé. Chez nous, à partir de 1956, la météo est annoncée sous forme de caricatures animées, dessinées par Bob ­Boudart. Plus tard, l’IRM (Institut royal météorologique) enverra en studio quelques prévision­nistes, parmi lesquels Louis Dufour, premier à inaugurer les chutes de bulletin en forme de dictons. Au début des années 80, la réforme de l’information sur la chaîne publique impose la météo intégrée au journal télévisé. Pour l’incarner, Jules Metz, un météorologue repéré à l’armée et présent en radio depuis quelques années.

Devenu pour tous les Belges Monsieur Météo, Jules Metz est un personnage hyper-présent dans les foyers et une sorte de fétiche populaire connu pour ses proverbes et ses punchlines (“un anticyclone aussi mal placé qu’un furoncle chez un coureur cycliste”). Mais cette météo de papa, basique et pour tout dire archaïque évolue vers une plus grande professionnalisation du statut du présentateur. Aux États-Unis, par exemple, il est nécessaire d’être diplômé en météorologie pour prétendre à la présentation des bulletins. Pas chez nous, mais comme le souligne Nicolas-Xavier Ladouce, chef du service à la RTBF, le terme Miss Météo est condescendant. “En décrivant le poste de cette manière, on donne l’impression que celui ou celle qui présente la météo se contente de décrire ou lire des cartes, explique-t-il. Or, c’est bien plus complexe.” Le travail du présentateur météo s’apparente à celui du journaliste spécialisé, à mille lieues du simple speaker.  Chaque jour, après le briefing avec les prévisionnistes, sa tâche est de communiquer et de vulgariser une matière qui vole assez haut. Il est régulièrement invité comme expert sur les plateaux télé pour commenter et expliquer les phénomènes climatiques qui font l’actualité – de la canicule aux inondations.

L’histoire du temps

Présentée à ses débuts sous la forme de simples ­cartes qui donneraient la nausée à n’importe quel infographiste d’aujourd’hui, la météo a profité de toutes les évolutions technologiques, utilisant par exemple les images satellites actualisées. Mais comme le souligne Nicolas-Xavier Ladouce, “ce qui est essentiel, c’est l’histoire qu’on raconte”. Et plus loin de préciser: “L’environnement graphique est au service de l’information et on essaie qu’il ne soit pas seulement un gadget mais qu’il apporte des éléments concrets”.

C’est ainsi que la carte de la Belgique prend différentes couleurs en fonction des températures attendues ou que l’arrière-plan varie selon la région dont on parle (une forêt pour les Ardennes, la mer pour la basse Belgique…). Un plus par rapport à toutes les applications météo disponibles comme l’affirme Nicolas-Xavier Ladouce: “Nous voulons à la fois amener des clés de compréhension au public et lui donner des éléments qu’on ne retrouve pas sur les applications. Nous ne sommes pas là ­uniquement pour donner la température attendue”. C’est cette volonté pédagogique qui a permis à la météo de sortir de son cadre et de devenir un format à part entière. Aujourd’hui, elle conserve ses classiques (prévisions, éphémérides…) mais y associe d’autres concepts comme l’indice d’électricité solaire afin de prévoir sa consommation en fonction du pic de production photovoltaïque. Ou plus récemment, l’indice de ressources en eau qui indiquera si ­celles-ci sont suffisantes ou si au contraire elles sont en manque. Une manière de conscientiser le ­téléspectateur aux enjeux clima­tiques actuels. Et c’est toujours dans cette idée de pédagogie que le bulletin météo se développe dans des émissions quotidiennes, à l’image de Quel temps! (RTBF), ce dont se réjouit Nicolas-Xavier Ladouce. “Un bulletin météo reste soumis à des ­contraintes de timing, conclut-il. Dans Quel temps!, on ne reste pas tourné uniquement vers l’avenir. On peut y faire des bilans, revenir avec des séquences graphiques explicatives, des sujets plus longs. Pour que le téléspectateur ait ­toutes les clés en main pour comprendre la situation météorologique.

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