Hiroshima: il est temps d’écouter les survivants

La déflagration est mise à jour dans un doc ambitieux qui donne la parole aux victimes.

hiroshima
© Prod.
Diffusion le 2 août à 20h50 sur Arte

On ne leur a quasi jamais donné la parole. Pourtant, la menace atomique, ils et elles l’ont vécue dans leur corps, à même leurs chairs brûlées. “Ils” et “elles”, ce sont les habitants d’Hiroshima et ­Nagasaki sur lesquels les États-Unis, faisant basculer l’humanité dans une ère sans précédent, ont largué deux bombes atomiques, à trois jours d’intervalle, le 6 et le 9 août 1945. Officiellement, pour forcer une reddition sans condition des Japonais alors alliés de l’Allemagne nazie. Officieusement, la réalité est tout autre. Des deux côtés, les autorités mentent à leur population. L’armée japonaise continue au début de l’été 45 sa propagande victorieuse, tandis que sur place le docteur, Shuntaro Ida, témoin de ce documentaire à la fois essentiel et qui fait froid dans le dos, constate l’ampleur des désastres sur les milliers de soldats qui lui reviennent à Hiroshima: tout le monde ou quasi sait que le Japon a perdu la guerre. Ce qui n’empêche pas l’état-major américain d’envoyer son B-29 Enola Gay (le groupe Orchestral Manœuvres In The Dark en fera une chanson engagée en 1980), piloté par un colonel Tibbets, tout sourire avant le ­décollage devant les journalistes. À 8h16, “Little Boy” (le nom de la bombe) est largué. Et 43 secondes plus tard, une tempête de feu infernale dévaste Hiroshima, emportant plus de 80.000 âmes.

C’est sans doute le pire que montre ce doc exceptionnel, aux archives et témoignages inédits. Ce cynisme terrifiant d’une propagande occidentale qui légi­time les bombes. Mais qui apparaît en réalité comme une expérience “in vivo” des Américains alors en pleine course au nucléaire face aux Russes. Aujourd’hui, les survivants irradiés, parqués à l’époque dans des zones coupées du monde, laissés à la merci de mafias japonaises, ont la parole. Il est temps de les écouter.

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