"C’est du charlatanisme": cette séquence de France 2 ne plait pas aux soignants

En montrant le quotidien de «coupeurs de feu», France Télévisions s'est attirée de nombreuses critiques, notamment de la part de soignants.

«Coupeuse de feu»
Scène des «Pouvoirs extraordinaires du corps humain» avec la «coupeuse de feu» @Capture d’écran Twitter

Ce mardi, France 2 diffusait un nouveau numéro des "Pouvoirs extraordinaires du corps humains" sur un sujet pour le moins délicat: les "guérisons inexpliquées". Y étaient représentées plusieurs techniques non-scientifiquement démontrées mais qui promettent quand même de soigner les patients. On y trouvait notamment l’acupuncture, l’hypnose, ou encore les "coupeurs de feu". C’est en diffusant sur Twitter un extrait de l’émission représentant ces derniers que France Télévisions s’est attirée les foudres de la grande majorité des internautes ayant laissé un commentaire, dont certains professionnels de santé.

Quand l’hôpital recrute des "coupeurs de feu"

Dans cette séquence, on voit une "coupeuse de feu" apporter son aide à un très jeune enfant brûlé à la main. Rien qu’en frottant lentement sa main, celui-ci arrête rapidement de pleurer. Selon cette femme, cela montre qu’elle serait capable de "couper le feu". Après avoir exercé seize ans comme infirmière, elle est aujourd’hui cadre dans une unité de jour et a fait de cette pratique une de ses activités principales à l’hôpital de Thonon-les-Bains.

Le problème, c’est que l’efficacité réelle de cette méthode de guérison n’est appuyée par aucune étude. Il s’agit donc purement et simplement d’une pseudo-science. Il s’avère d’ailleurs qu’il ne s’agit pas de la seule médecine non-conventionnelle présente dans l’hôpital. Il existe ainsi des listes répertoriant, outre les "coupeurs de feu", des personnes revendiquant le pouvoir d’arrêter un zona ou de "couper le sang". Des habitudes surprenantes pour un hôpital public, surtout qu’un médecin précise dans l’émission que ces gens ne sont pas recrutés selon des critères scientifiques ou avec un diplôme mais simplement "sur base de l’expérience humaine". "Puisque ça ne peut pas nuire", l’hôpital laisse faire.

"Fake meds"

Pour les internautes, cela représente un manque cruel de recul critique, en laissant la porte ouverte à tous les abus médicaux qualifiés ici de "fake meds". "France 2 qui fait la promotion des fake meds et du charlatanisme, ça me désole. Mais le pire c’est l’hôpital de Thonon qui laisse faire ce genre de pratique ésotérique et tout sauf scientifique!", s’indigne l’infirmier et juriste Vincent Lautard. "Des mois qu’on tente de combattre le charlatanisme dans le Covid, pour que vous continuiez le travail de sape quant à la science rigoureuse? C’est affligeant. Une vraie provocation", se désole Jérôme Guison, médecin spécialiste en médecine interne et immunologie clinique.

À côté de cela, d’autres commentaires s’énervent notamment de voir l’argent public utilisé pour promouvoir des méthodes de guérison non appuyées par la science. Certains rappellent d’ailleurs que ce n’est pas la première fois que l’émission de Michel Cymes montre à l’écran des pratiques débattables. En atteste au début de l’été le portrait d’un médecin qui donne de l’eau de mer à ses patients selon les études de René Quinton, un biologiste autodidacte mort en 1925 dont les recherches ont depuis été classées parmi les médecines non-conventionnelles.

En Belgique et en France, des "coupeurs de feu" tolérés

La législation française se montre assez tolérante vis-à-vis de ces méthodes pseudo-scientifiques, à l’instar de l’homéopathie et l’ostéopathie. Un sujet de vifs débats. En 2018, 124 professionnels de la santé lançaient dans le Figaro un appel afin "d’alerter sur les promesses fantaisistes et l’efficacité non prouvée de médecines dites alternatives comme l’homéopathie". En mars 2021, tribune similaire dans Le Monde. Ici, "un collectif de parlementaires, d’anciens ministres, d’universitaires et de médecins appelait à la création d’une agence gouvernementale des médecines complémentaires et alternatives, afin d’en assurer le développement, mais aussi de contrôler les dérives thérapeutiques".

En Belgique, il existe aussi des "coupeurs de feu". Comme l’a montré la RTBF, ces personnes se disent "dotées d’un don" qu’elles ne s’expliquent pas vraiment. "Un appel téléphonique ou un SMS, quelques incantations et voilà la douleur qui disparaîtrait". L’une de ces guérisseuses justifie son aptitude par sa "spiritualité" et dit vouloir "transmettre" son pouvoir. Une autre invoque carrément la religion avec l’influence d’un pèlerinage sur l’acquisition de ce pouvoir. L’Institut Bordet fait partie des établissements qui font appel à ces personnes, en évoquant un très probable effet psychologique pour expliquer le fonctionnement de cette méthode. Par contre, pas question pour l’instant de les intégrer au personnel, contrairement à l’hôpital de Thonon.

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