Nans et Mouts de "Nus et culottés": "on continue d’être surpris, même après autant de voyages"

Pour cette nouvelle saison de «Nus et culottés», Nans et Mouts nous racontent leurs périples de cette année et font le bilan de dix ans d'émissions.

Nans et Mouts dans «Nus et culottés»
Nans et Mouts dans «Nus et culottés» @France Télévisions

Cette année, Nans (Nans Thomassey) et Mouts (Guillaume Tisserand-Mouton) soufflent la dixième bougie de leurs voyages "culottés". Depuis 2012, France 5 diffuse leurs périples à travers la France et le monde, toujours en commençant chaque étape volontairement nus et sans le sous. Pour fêter ce cap symbolique, le duo a présenté la semaine passée une émission spéciale dont nous vous avons rendons compte. Aujourd’hui, à 21h, ils repartent en vadrouille pour de nouvelles aventures, en l’occurrence dans les Hautes-Alpes. Suivront ensuite un passage dans le Jura ainsi que le long de la Rance, en Bretagne. L’occasion de faire le point avec eux sur leurs sentiments par rapport à cette dixième saison, mais aussi sur leur long et très riche parcours.

Qu’est-ce que vous retenez de l’émission spéciale qui vient d’être diffusée?

Nans: Le but premier de la spéciale, c’était de faire la fête. Une fête de célébration, c’est important, afin de voir le chemin parcouru à la fois au cours du programme mais aussi avec les gens. Ensuite, le message reste pareil. À la base, on s’est dit que ça nous rendait tellement vivants de faire ça qu’on a envie de le partager. Ici, on a aussi eu envie de faire quelque chose de beau et de le montrer. Quand c’est sincère, ça résonne chez d’autres personnes. Après, si on voit plus loin dans le message: au début, on venait de terminer nos études, sans attache et enfants, alors que maintenant on a tous les deux une compagne, une maison, donc maintenant c’est aussi un clin d’œil au fait que la roue tourne. On a appris pendant des années à voyager et à toquer à la porte, et là on invite. Ce n’est pas parce qu’on est ancré quelque part que la magie s’arrête.

Puis il faut vraiment des moments comme ça pour qu’on réalise ce qu’on a fait en dix ans, aussi bien au niveau des défis que humainement parlant. Plus de quarante films, quasiment 30.000 km en stop et 500 nuits, c’est énorme. Quand on entend par exemple Emma dire comment on a impacté sa vie, avec sa prise de conscience sur la personne qu’elle était et son avancée vers ses rêves, tu te dis "ouah, ça vaut le coup de faire ça".

Que nous réserve cette dixième saison, constituée de quatre épisodes avec la spéciale en plus?

Mouts: Dans cette saison-ci, on a été plus loin dans la logique de faire des voyages locaux et très courts en ne restant qu’en France métropolitaine. Ce qui nous plaît là-dedans, c’est que c’est une démonstration pour nous-mêmes. À la base, nous aimions les grands voyages en partant longtemps. Nans a fait "La bible du grand voyageur". Personnellement, j’ai fait le livre "EcoAmerica" où j’ai traversé le continent américain pendant 11 mois dans 17 pays. Maintenant, c’est comme si on ramenait la figure du grand voyageur dans une position plus sédentaire, à échelle humaine, tout en voyant que ça fonctionne aussi. Il y a la même magie qui ressort de tout ça. On est d’autant plus content qu’ici, on a fait une rencontre avec un homme, Stéphane, qui nous a livré un témoignage hyper poignant et touchant du fait qu’il est addict à l’alcool. Cela fait écho à toutes nos parts d’ombre, nos difficultés et challenges de notre vie. Ça aide à être tendre avec les autres et dans la compassion. C’est en cela que j’adore cette saison 10 parce qu’elle est dans cette veine d’avoir ce genre de témoignages. Je pense qu’il y a 1-2 ans, on n’aurait pas été capables d’être à l’écoute à ce point-là et de le transmettre à l’image. Pour diffuser ce genre de témoignage à la télé, ce n’est pas rien. Puis dans cette saison, il y a aussi des retournements de situation pas possibles. Même après autant de voyages, on se fait encore surprendre.

Au fil de ces dix années, le modèle de l’émission est resté assez immuable. Est-ce que vous avez pour autant le sentiment de l’avoir perfectionné, autant sur le plan humain que technique?

Nans: Du point de vue technique, au début, on voyageait avec trois caméras (une de poing et deux sur le baluchon). Aujourd’hui, on en a six (avec en plus un GoPro, un drone et la caméra d’un téléphone pour faire des macros). Quand on veut raconter des histoires qui touchent, il est important d’avoir des images. D’autre part, au début, on faisait des voyages qui duraient trois semaines. Maintenant, ça dure une dizaine de jours. Grâce à cela, pour une journée de tournage, on a plus de minutes de film. Avant, on pouvait faire de super belles rencontres mais il manquait des plans. C’était le cas à Bruxelles avec un photographe qui habitait au-dessus d’un gratte-ciel pour faire des images de toute la ville. Pour nous, le roi de la Belgique, c’était lui. On voulait qu’à la fin de notre film, ce soit lui qui apparaisse. Sauf qu’en regardant les rushs, on s’est rendu compte qu’il manquait des plans pour montrer cette rencontre. Donc on n’a pas pu la mettre. Depuis, ça nous arrive plus ça. Et enfin, sur le plan purement humain, on est plus à l’aise nous même, ce qui fait qu’on touche plus vite au cœur de la rencontre. On a d’ailleurs fait des formations de thérapeutes et en communication pour gérer des conflits. Lorsqu’on a un dérapage avec une personne qui sort une arme, comme ça nous est arrivé une fois, il faut avoir les bons mots pour désescalader. Puis il y a ces gens qui nous livrent leurs histoires et il faut qu’on tienne debout pour recevoir ça. On a donc de la compassion mais il ne faut pas qu’on s’effondre avec.

Mouts: Je dirais qu’au lieu de perfectionner l’émission, on ajuste, notamment notre sensibilité. Quand telle personne parle de cela, qu’est-ce que cela veut dire? Quelque part, on est un peu un mélange entre des journalistes et des thérapeutes. En posant les questions d’une manière ou d’une autre, on n’a pas la même chose de la part des gens. Le tout avec la particularité qu’on est ici avec des guenilles dans leurs salons et qu’on leur demande s’ils n’ont pas un morceau de pain qui traîne. En tout cas, on ajuste notre connaissance de l’humain pour pouvoir mieux rencontrer les gens et aussi entre nous, avec Nans, pour avoir plus de connivence, de complicité, etc. On a pu voir dans nos voyages que quand on est trop focalisé sur un objectif où la situation se tend, on passe à côté du voyage. Alors que si on arrive à se détendre, à se faire confiance, à entendre qu’on a des points de vue différents, on peut vraiment avancer ensemble et on peut aller plus loin. C’est pour ça que j’ai le sentiment qu’on se connaît de mieux en mieux avec Nans. On est un peu comme un vieux couple de potes. Du coup, on peut vraiment rencontrer les gens et avoir ces moments de communion. Si on perdait le sens et la joie du voyage, autant arrêter.

Ces dernières saisons, vos voyages se sont faits en France, pas à l’étranger, avec un accent plus local. Est-ce que pour ça reflète vos envies, vos rêves d’aujourd’hui, de toujours redécouvrir la France, comme un filon inépuisable?

Nans: Avec Mouts, on a une sensibilité à l’environnement et à l’avenir de notre monde. On a très vite compris qu’on ne pouvait pas penser à un nouveau monde si on n’avait pas un nouveau rêve. Si notre idée de faire les voyages reste la même, où on prend l’avion pour partir loin, ça va être difficile de fonctionner différemment. Pour Mouts et moi, on se demande donc s’il est possible de cultiver des rêves qui soient en cohérence avec des valeurs.

Mouts: Oui et en même temps, on a bien conscience que la vie, c’est une question de mouvements et de cycles. Aujourd’hui, on adore voyager hyper localement. Cela va peut-être durer 1, 2 ou 10 ans, je n’en sais rien. Mais j’imagine qu’à un moment donné, on pourrait avoir besoin de repartir plus loin. C’est plus une photo de là où on est aujourd’hui qu’un film sur ce vers quoi on irait.

Est-ce que vous étonnez de vos propres réalisations, après tous les voyages que vous avez faits?

Mouts: On est encore étonné et ce pour deux raisons. Tout d’abord, puisqu’on commence nos voyages sans rien, on repart à zéro à chaque fois. Donc dès qu’il y a une porte qui s’ouvre, on est trop content, même si c’est la 2.000ème. Sans cela, on dort dehors, et on sait ce que c’est. D’après nos calculs, on est arrivé à environ 500 jours et nuits de voyage, dont une quinzaine de nuits dehors. Ce n’est pas négligeable mais ce n’est pas grand-chose non plus. Cela fait 3%. Mais quand ça fonctionne, cela garde une saveur. C’est comme trouver une pomme après des heures de marche, elle a une saveur inoubliable. L’autre raison, c’est qu’on met un point d’honneur à ne pas faire trop de voyages. Je pense que si on fait sept repas par jour, c’est à vomir, alors que si on fait juste ce qu’il faut, on a le temps de retrouver l’appétit. C’est pour cela qu’on ne fait plus que des saisons de quatre épisodes, afin de garder l’émerveillement.

Puis c’est dingue ce que l’on peut faire dans la mesure où on fait les choses ensemble. Il y a un moment dans cette saison où on galère à trouver un hébergement dans le Jura et Nans dit à ce moment-là: "On n’est pas grand chose sans les gens". On a pu le voir à plusieurs niveaux et le savourer à l’échelle professionnelle avec ceux qui portent ce film. Parce que si on n’est que deux sur le terrain, on est nombreux sur le côté, avec la boîte de production Bionne Pioche et le diffuseur France Télévisions. C’est grâce à cela qu’on peut réaliser de grandes choses.

À ce propos, on vous pose souvent des questions par rapport à ce que nous voyons en tant que téléspectateurs. Mais est-ce qu’il y a une chose qui est vraiment importante pour vous dans la construction de l’émission et que nous, on ne le voit pas?

Nans: Je dirais qu’il y a toute la relation en tant que réalisateurs avec Mouts. Dans les films, on voit beaucoup notre relation d’amis et de voyageurs, mais on ne voit pas tout le travail qu’il y a derrière. On ne voit pas toutes les équipes de la musique, du montage, de Bonne Pioche ou de France 5. J’ai l’impression que c’est un double voyage qu’on vit, aussi bien sur la route que professionnellement. Là où je suis très heureux, c’est sur le fait que la mayonnaise a pris aussi professionnellement. Il y a un respect, une complicité et une authenticité dans les relations. Une vraie tribu est née. Par exemple, avant, quand on partait en voyage, il fallait qu’on envoie un mail avec un dossier pour présenter notre voyage, avec un synopsis à valider. Maintenant, on s’appelle une semaine en avance avec France 5 et Bonne Pioche pour partager un avis puis on se met à rêver ensemble, à s’échanger nos idées pour enrichir l’émission. Il y a une grande confiance en nous. C’est hyper agréable de voyager dans ces conditions.

En 2019, Mouts racontait à La Libre qu’"on dit souvent que dans une pratique sportive, spirituelle, ou un art martial, il faut dix ans avant de passer à autre chose". Maintenant qu’on est arrivé au cap des dix ans, quel est votre regard sur votre émission?

Mouts: Il faut au moins dix ans pour arriver à un seuil mais ça ne veut pas dire qu’on s’arrête ou qu’on a tout compris. Avec Nans, cette année, on a eu vraiment l’impression de rentrer enfin dans le vif du sujet, parce qu’il nous a fallu beaucoup de temps pour trouver notre style de voyage, de réalisation, de communiquer entre nous, etc. Maintenant qu’on a en plus trouvé des repères organisationnels sur le côté matériel, on peut encore plus se dédier à l’humain, à la finesse de notre métier. Que ‘Nus et culottés’ s’arrête demain ou dans dix ans, peu importe parce que j’ai l’impression qu’on va de plus en plus dans l’art.

Nans: Cette phrase de 2019 me fait penser à un ami qui est allé au Canada et un jour, il a rencontré un homme sur une rivière en kayak, qui ne parcourait depuis longtemps que cette seule et unique rivière. Il disait: "I’m a one-river man". Nous, c’est un peu ça. On prend plaisir à nous consacrer à une chose. Je pense que ça a été important pour nous de tenir toutes ces années parce que c’est tellement séduisant d’apporter de la nouveauté. Mais en fait, en gardant le même concept pendant dix ans, cela nous a amené à découvrir des choses que l’on n’aurait pas découvertes si on avait changé. Puis même en restant dans ce modèle, il y a quand même plein de choses qui ont fortement changé. Aujourd’hui, on a plus de voyages lents, locaux, à pied. Je suis hyper heureux qu’on ait fait ça et qu’on continue de découvrir. C’est le plus important.

Qu’est-ce que vous espérez comme plus grand bénéfice de l’émission, que ce soit par rapport au public et pour vous-mêmes?

Nans: Je dirais que ces films continuent à nous rendre curieux, de nous inspirer de la confiance, de la compassion, de l’empathie, et donnent envie de se rencontrer. Je pense qu’une société où les gens se parlent, communiquent et sont curieux les uns envers les autres, c’est une société en bonne santé. Tant qu’à faire des épisodes vus par le grand public, c’est ce que je souhaite pour ces films, avec une invitation à la rencontre et à s’ouvrir à l’autre.

Juste avant cette dixième saison, le dernier épisode de la neuvième était justement celui qui a le mieux marché dans l’histoire de l’émission au niveau des audiences. Cela vous motive dans votre parcours?

Mouts: Oui, bien sûr que c’est motivant. Et en même temps, on sait qu’il y a plein d’autres gens qui font des choses formidables. Un jour, la fin arrivera, on ne sait pas quand. Mais on sait que des choses fortes se sont passées et chacun a pu puiser dans ces émissions ce dont il avait envie: du divertissement, de l’espoir, etc. Cette année, on a rencontré une femme de 22 ans qui nous a dit qu’elle nous regardait depuis qu’elle était petite, c’est-à-dire quand elle avait 12 ans. Grâce à l’ampleur de la diffusion sur France 5, nos voyages ont aussi pu faire passer le message qu’on peut faire confiance à des inconnus voire à vivre ensemble, même si on ne se connaît pas.

Diffusion ce 11 juillet des deux premiers épisodes de la dixième saison de "Nus et culottés", à 21h sur France 5.

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