Le jardin des Finzi-Contini, la tragédie d’une famille juive dans l’Italie fasciste

Film de De Sica, Le jardin des Finzi-Contini est d’abord un roman. Au fil d’un doc passionnant, on découvre son auteur, Giorgio Bassani.

jardin des Finzi-Contini
© Prod
Diffusion le 4 juillet à 20h55 sur Arte

C’est la fin d’un monde que Vittorio De Sica, adaptant le roman de Giorgio Bassani (qui, s’estimant trahi par le cinéaste, désavouera publiquement le film), dépeint avec une empathie non feinte dans Le jardin des Finzi-Contini. Et avec lui, l’image d’une Italie fasciste, qui en 1962, au moment de la publication du livre, n’avait pas encore osé regarder dans les yeux son passé sombre. Celui qui en 1938, donc, dans sa terreur fasciste, avait élaboré ses lois raciales, excluant les Juifs de toute vie sociale. Juif et militant antifasciste, Bassani, lui-même victime de ces lois raciales, est obligé de publier son premier livre Una città di pianura, sous pseudo en 1940. Quant aux pages du Jardin…, où se vit une histoire d’amour au sein de la bourgeoisie juive à son crépuscule, elles résonnent singulièrement avec sa vie d’“enfant” de la ville de Ferrare. Giorgio, conduit par la fantasque Micol, son amour éternel, dans le grand parc des aristocrates Finzi-Contini, c’est lui. Mais, ne lui en déplaise, De Sica a parfaitement saisi l’essence de son roman, donnant à ces jardins une allure de havre de paix à la Tchekhov, d’un monde en suspens, pas encore touché, mais pour combien de temps, par les horreurs de la guerre qui couve et la réalité des Juifs devenus des citoyens de seconde zone. De Sica filme avec une grâce folle ces jeunes gens vêtus de blanc, Giorgio dans ses derniers instants de liberté, cette danse au bord du gouffre du désastre à venir.

Le documentaire, qui explore les coulisses de l’œuvre de Bassani avec le concours notamment de Dominique Sanda (inoubliable Micol du film), est une visite guidée passionnante de sa genèse. Et il démontre avec une rare pertinence le dialogue permanent à l’œuvre entre l’art (littéraire et cinématographique ici) et le réel. Jusqu’au trouble. En effet, le roman a engendré un impact considérable sur ses lecteurs. Ce jardin imaginaire, ils en ont fait, eux aussi, leur refuge face aux soubresauts du monde.

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