Pas d’Eurovision en Ukraine: la Belgique bien placée pour remplacer?

L'UER veut organiser l'Eurovision ailleurs qu'en Ukraine. La Belgique est dans les starting-blocks pour reprendre le flambeau mais elle n'est pas seule.

Kalush Orchestra à l'Eurovision 2022
Kalush Orchestra, représentant l’Ukraine à l’Eurovision, à Turin le 14 mai 2022 @BelgaImage

Coup de tonnerre à Kiev: malgré sa victoire à l’Eurovision en 2022, l’Ukraine se voit (contre son gré) retirer la charge de préparer la prochaine édition du concours musical. L’ordre vient directement de l’Union européenne de radio-télévision (UER), l’organisatrice de l’événement. Le risque est trop important à cause de la guerre en cours et l’UER a besoin de 12 mois de préparations, d’où cette annonce. Le ministre ukrainien de la Culture a beau ne pas être d’accord, la décision semble prise. La question dès lors, c’est de savoir qui va prendre la relève. Et surprise: selon les sources du Guardian, la nouvelle ville hôte pourrait être… Bruxelles! Une hypothèse très sérieuse mais qui n’est pas forcément celle qui a le plus de chance d’aboutir.

Belgique vs. Royaume-Uni

Tout d’abord, pourquoi Bruxelles? Selon le Guardian, c’est tout simplement son statut de capitale européenne qui lui vaudrait un tel honneur. L’Ukraine aspirant à rejoindre l’Union européenne, ce serait un geste symbolique de solidarité assez fort. Ajoutons par ailleurs que les locaux techniques de l’UER se trouvent eux aussi dans la ville belge (son siège social se situe à Genève).

Cela dit, la première alternative à l’Ukraine que cite le Guardian, ce n’est pas la Belgique mais le Royaume-Uni. Un choix qui serait motivé par le fait que cette année, c’est le candidat britannique qui est arrivé en deuxième position, derrière celui ukrainien. L’agence Belga confirme que l’UER a déjà lancé des discussions avec la BBC pour explorer cette éventualité. Un porte-parole de Downing Street a déclaré soutenir en premier lieu la tenue de l’Eurovision en Ukraine, mais il assure aussi que le Royaume-Uni serait à la hauteur de la tâche en cas d’organisation du concours sur son territoire. Le Guardian fait savoir que Glasgow serait en bonne position pour prendre la relève, tout en citant aussi Manchester, Londres ou encore Leeds. Enfin, d’autres pays pourraient être également intéressés pour accueillir l’Eurovision chez eux.

La BBC, championne du plan B

La Belgique et le Royaume-Uni auront donc tous deux leurs arguments pour accueillir l’Eurovision. Il ne s’agit d’ailleurs pas de la première fois qu’un pays récupère la tâche de l’organiser alors qu’il n’a pas remporté le concours. Le Royaume-Uni l’a même déjà fait. En 1960, les Pays-Bas s’étaient désistés, malgré leur victoire l’année précédente. Londres a pu se charger de la besogne, le Royaume-Uni ayant déjà fini deuxième. Ce précédent historique favoriserait-il définitivement la tenue de l’Eurovision 2023 outre-Manche? Pas forcément. Car en 1963, rebelote. La France, gagnante en 1962, rejette l’offre d’organiser l’événement. Le reste du podium était alors constitué par Monaco et le Luxembourg mais c’est à nouveau Londres qui fera le travail, malgré sa cinquième place l’année précédente. Un exemple qui montre que Bruxelles pourrait faire de même en 2023.

Il ne s’agit pas non plus de la première fois qu’un pays se voit retirer la tenue de l’Eurovision contre son gré. Bien sûr, il n’y a jamais eu de cas similaire à celui de la guerre qui frappe aujourd’hui l’Ukraine. Mais en 1972, Monaco a bel et bien perdu l’organisation malgré elle. Au début, elle voulait que cela se fasse sur son territoire mais par manque de financements, elle a dû demander l’aide de la télévision française. L’accord franco-monégasque n’a jamais abouti et l’UER a dû chercher un remplaçant. L’Espagne et l’Allemagne, deuxième et troisième de l’édition précédente, ont refusé l’honneur. L’UER a alors choisi… la BBC (again!). L’Eurovision 1972 a donc eu lieu non pas à Monaco, qui était pourtant fière de sa victoire de 1971, mais à Édimbourg.

Et si vous pensez que le Royaume-Uni était rassasié après ces récupérations en série, détrompez-vous. En 1974, le gagnant de l’année précédente, le Luxembourg, a dû abandonner l’organisation du concours, encore à cause du fameux budget. La BBC s’est fait une joie de reprendre le flambeau, à Brighton cette fois-là. L’Espagne avait pourtant fini en deuxième position en 1973. Enfin, en 1980, le tenant du titre, Israël, a également renoncé (encore et encore à cause d’une histoire de sous). Mais pour une fois, surprise: le Royaume-Uni a refusé l’offre qui lui avait été pourtant faite. Idem pour l’Espagne, deuxième en 1979. Ce sont finalement les Pays-Bas qui ont accepté (malgré leur position l’année précédente de 12e sur 19 concurrents).

L’Ukraine encore dans la course?

Tout cela, c’est donc dans l’hypothèse que l’Ukraine n’accueille donc pas l’Eurovision en 2023. Mais Kiev ne lâche pas l’affaire. Elle réclame des négociations supplémentaires et a déjà proposé trois régions d’accueil la semaine dernière. Autant dire en tout cas que l’option de Marioupol, détruite et occupée par les Russes mais pourtant évoquée par le président Zelensky, est jetée aux oubliettes.

Il existe néanmoins un cas historique qui pourrait donner encore espoir à l’Ukraine d’organiser le concours. En 2008, Belgrade doit accueillir l’événement mais coup de tonnerre: le Kosovo vient de déclarer son indépendance. Des émeutes ont lieu dans la capitale serbe et l’UER pense sérieusement à faire l’Eurovision ailleurs. L’option la plus sérieuse était de se tourner vers le deuxième de 2007, c’est-à-dire… l’Ukraine! Finalement, la télévision serbe a renforcé ses effectifs de sécurité, notamment pour les délégations des pays balkaniques, et a pu organiser le show à Belgrade. Aucun incident n’a été déploré.

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