Zinder, au cœur du " gang Hitler " au Niger

Plongée saisissante et jamais voyeuriste au cœur d’une jeunesse africaine rebelle mais sans cause.

Zinder
© Prod
Diffusion le 15 juin à 22h50 sur Arte

Dans la vie, tout dépend du regard. Au cinéma, art par excellence au plus proche de la “vraie vie”, c’est pareil. La réalisatrice Aïcha Macky porte dans ce documentaire troublant et fort sur une jeunesse africaine délinquante un œil absolument neuf et, chose rare, jamais dans le jugement. Quelle histoire que cette équipée sauvage de Zinder, archi-cinématographique par la violence, la couleur, la force de vie et de mort qu’elle véhicule! Mais qui est bien une réalité de l’Afrique, plantée au cœur du Niger.

On voit ces jeunes déambuler à moto avec des drapeaux ornés de croix gammées dont ils ignorent la signification. Puis défiler, provocateurs et souriants devant la caméra, roulant des muscles qu’ils travaillent en soulevant de la fonte toute la journée. Ils se savent craints et se rassurent avec leur vision viriliste du monde, pompée en partie sur celle des ghettos noirs américains dont ils arborent le style jusqu’à la caricature. Ces gangs de jeunes marginalisés qui feraient pâlir de peur les Hell’s Angels poseurs, Aïcha Macky les a côtoyés au plus près. La violence exsude des pores comme la transpiration de ces gamins pour lesquels “s’en sortir” prend tous les chemins possibles et souvent les plus répréhensibles. Témoin de la danse maudite de ces “apatrides de l’intérieur” dans un Niger miné par la pauvreté extrême, Macky en explore les folies (Hitler serait pour certains un “redoutable guerrier américain”!) et toutes les stratégies de survie avec un regard qui leur rend leur dignité. Eux dont la plupart tentent de se racheter par de bonnes actions, comme Bawo, qui s’occupe aujourd’hui de jeunes et de prostituées.

Filmant ce monde parallèle au fond pas bien différent de celui des “gens bien” (la débrouille est le dénominateur commun), c’est une chronique pleine d’humanité que nous offre Macky sur un pays, le Niger, et son arrière-boutique jamais loin de l’implosion, où chaque jour le pire peut arriver. Mais le meilleur aussi.

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