Flee, un film d’animation qui ne laisse pas intact

Documentaire d’animation récompensé, Flee relate l’histoire vraie d’un migrant dont l’odyssée fait écho à la réalité des réfugiés.

Flee
© Final Cur for Real – Sun Crea
Diffusion le 30 mai à 20h50 sur ARTE

Objet cinématographique ambitieux, il mêle le documentaire, les archives véritables et l’animation. Flee parvient à équilibrer l’odyssée intime et le récit historique. Amin (nom d’emprunt) fait partie de la masse de migrants dont les JT déversent anonymement le parcours épique jusqu’à nos ­contrées. La première force du film, c’est de s’extirper du nombre. Amin n’est pas le migrant 1.253 d’une improbable échappée en mer. D’abord, c’est un homme. Un Afghan, qui a quitté contraint à l’adolescence la terre qui l’a vu naître – il a fui la guerre civile dans les années 80 qui va mener les talibans au pouvoir – pour l’inconnu. Un monde éloigné géographiquement, mais aussi aux antipodes de sa culture, où il devra commencer par s’adapter. Pour l’espoir, non pas d’une “grande vie”, mais simplement d’une existence digne.

Beau : d’emblée, le film débute au moment où il va enfin se livrer à son ami ­Rasmussen (l’auteur du film) sur sa vie. Il a déjà 36 ans et vit depuis de nom­breuses années au Danemark. Par la force évocatrice de l’animation, le cinéaste danois a trouvé le véhicule parfait pour exhumer les souvenirs chaotiques d’Amin, lui faisant traverser les couleurs luxuriantes de son Kaboul d’enfance, puis les rues labyrinthiques plus ternes de Saint-Pétersbourg où il a vécu plusieurs années de clandestinité. Avant d’arriver seul au Danemark, à 16 ans, où il fera la connaissance de Rasmussen, qui dans le film endosse le rôle de l’ami complice et de l’intervieweur, occasionnant un puissant télescopage des réalités. Passant du fusain en noir et blanc aux archives réelles (comme le naufrage du ferry Estonia en 1994) aux chromes plus chauds de l’enfance, ce documentaire bouleversant, qui relate le parcours d’un migrant homosexuel perdu dans le grand chaos du monde, prend une dimension profondément universelle avec la réalité du peuple ukrainien aujourd’hui et avec ce qu’on appelle parfois un peu facilement la “crise des migrants”. Fort !

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