La RTBF, en "concurrence déloyale frontale" avec la presse écrite?

Les éditeurs de presse francophones ont plaidé pour une limitation plus drastique du site info de la RTBF, qualifié de «concurrence déloyale frontale».

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Les éditeurs de presse francophones ont plaidé mardi pour une limitation plus drastique à l’avenir de la diffusion gratuite d’informations écrites sur le site info de la RTBF, une activité qualifiée de "concurrence déloyale frontale" alors qu’ils sont eux-mêmes engagés dans une difficile transition de l’imprimé vers le digital.

"Comment pouvons-nous vendre nos abonnements digitaux quand la RTBF fournit ces mêmes informations gratuitement sur son site internet?", a résumé François Le Hodey, président de La Presse.be, l’association des éditeurs francophones, auditionné mardi par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui planche sur le futur contrat de gestion de la RTBF (2023-2027).

L’actuel contrat de gestion (2017-2022) prévoyait déjà une série de limitations pour ces diffusions écrites (textes obligatoirement enrichis de sons ou de vidéos, limitation à 1.500 signes pour la moitié des articles publiés, etc.) mais ces contraintes ne sont pas respectées, et ce dans l’indifférence générale malgré un rapport récent du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à ce sujet, ont dénoncé les éditeurs.

"Ni la ministre (des Médias), ni le conseil d’administration de la RTBF ne se sont attaqués à ce sujet. Dans toute la chaîne de commandement, rien ne s’est passé! La confiance est rompue…", a lancé M. Le Hodey, par ailleurs patron du groupe IPM (La Libre, la DH, L’Avenir).

Pour les éditeurs, cette concurrence de l’opérateur public subsidié sur le terrain de l’information écrite "asphyxie l’avenir de la presse" et risque d’entraîner demain une "réduction du pluralisme et de la diversité" des médias.

"Nous (éditeurs, ndlr) sommes aujourd’hui responsables de 600 journalistes. Je ne sais pas combien subsisteront dans cinq ans si on n’arrive pas à gérer cette transition numérique…", a averti M. Le Hodey.

Comme en Suisse

Face à cette situation, les éditeurs de presse suggèrent d’appliquer demain à la RTBF les mêmes limitations que celles imposées à la radiotélévision publique suisse pour son site internet.

Son offre en ligne doit ainsi essentiellement être composée de contenus radio et audiovisuel. Les textes écrits publiés doivent par ailleurs être en lien avec ses programmes. A défaut de lien avec une émission, les textes publiés ne peuvent alors dépasser les 1.000 caractères.

Outre les éditeurs, les parlementaires ont aussi auditionné mardi la direction de RMB (Régie Média Belge), la régie publicitaire de la RTBF qui lui apporte quelque 80 millions d’euros de revenus par an.

Devant les députés, Yves Gérard, son directeur général, a plaidé pour une stabilisation du cadre publicitaire de la RTBF pour les cinq années à venir.

Poursuivre la réduction de la publicité (comme décidé pour la matinale de la Première) ne profite en réalité qu’aux seuls GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), sans aucun report de ces dépenses publicitaires vers les autres acteurs nationaux, a-t-il assuré.

Sans surprise, la RMB s’est aussi prononcée mardi contre l’idée d’introduire demain pour les utilisateurs d’Auvio la possibilité d’interrompre les publicités diffusées avant les programmes, comme le suggère le CSA.

Les députés poursuivront demain/mercredi leurs auditions pour l’élaboration du prochain contrat de gestion de la RTBF.

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