Ardisson présente Hôtel du Temps: "C’est en aucun cas de la fiction"

Absent des écrans depuis mai 2019, Thierry Ardisson ressuscite des personnalités disparues dans Hôtel du temps. À l’aide de l’intelligence artificielle et d’archives bien réelles.

Hotel du temps
Ardisson et Dalida dans Hôtel du Temps. © France TV

Elle est là, plus vraie que nature, assise dans une suite de l’hôtel Meurice, rue de Rivoli à Paris, vêtue d’une robe dorée. Cheveux détachés, voix rauque et séduisante, Dalida revient face à Thierry Ardisson sur l’un des drames de sa vie, le suicide de Luigi Tenco en 1967. Plus tard, elle interroge: ”Est-ce que François Mitterrand est venu à mes obsèques?” Ce ne sont que quelques bribes des confidences qui s’égrènent au long des cent minutes composant ce premier numéro d’Hôtel du temps, diffusé le lundi 2 mai sur France 3.

Ce petit ovni télévisuel, on le doit à Thierry ­Ardisson, qui s’était déjà essayé à cet exercice lors de précédentes émissions. On l’avait vu interroger un sosie de John Lennon en 1994 dans Autant en emporte le temps ou de Charles Baudelaire dans Tout le monde en parle en 2002. Un procédé qu’il n’apprécie plus forcément aujourd’hui: “J’avais cette envie d’interviewer des grands disparus, mais au-delà des sosies qui sont démodés, je n’avais pas la technologie pour le faire. Aujourd’hui, je peux le ­proposer d’une manière moderne”. Avec Hôtel du temps, il crée l’illusion parfaite en s’appuyant sur l’intelligence artificielle: la voix de la célébrité est recomposée à l’identique grâce au voice cloning, une technologie qui se sert des enregistrements existants. Encore plus bluffant: à partir de vidéos, clips et films, le visage est modélisé grâce à la technique du deepfake – amélioré et rebaptisé “face retriever”. Il est ensuite incrusté sur le corps du comédien (ou de la comédienne) recruté(e) pour incarner la star.

Des procédés qui ont déjà été utilisés par le passé à des fins douteuses comme cette vidéo d’Obama insultant Trump. Mais comme le souligne Thierry Ardisson, ”le face retriever est un outil qui n’a pas d’idéologie. On peut l’employer soit de manière positive, soit négative comme un marteau qui peut taper sur un clou ou sur une tête. Je suis le premier qui s’en sert pour des raisons culturelles”. La démarche a séduit Jean-Michel Blanquer, le ministre français de l’Éducation nationale. Impressionné, il a demandé à Thierry Ardisson de mettre en scène Napoléon. Un produit éducatif à destination des écoliers français.

Dalida, Coluche, Gabin…

Avec ces deux technologies, on pourrait faire dire n’importe quoi à n’importe qui. Ce n’est pas le cas dans Hôtel du temps, souligne Thierry Ardisson: “C’est un documentaire et en aucun cas de la fiction. Tout est vrai dans ce que racontent mes divers invités. Ce ne sont que des phrases qu’ils ont prononcées ou ­écrites de leur vivant. À la différence d’un biopic où on fait dire à la vedette ce que les scénaristes sou­haitent lui faire dire”. Le documentaire est nourri d’archives professionnelles, historiques ou fami­liales. Des familles que Thierry Ardisson a mises à contribution: ”Dans la loi, le droit à l’image n’existe plus quand on est mort. Je n’étais pas obligé dès lors de demander l’autorisation aux familles, mais je l’ai fait, pour des raisons éthiques et aussi parce qu’elles m’apportent des éléments biographiques que je n’ai pas en ma possession”. On pourrait croire que le concept est inépui­sable. Mais il nuance: “Peu de personnalités peuvent tenir le téléspectateur en haleine. Elles doivent avoir un destin et en France, j’en compte une bonne demi- douzaine: Dalida, Coluche, Gabin, Mitterrand, de Gaulle, Johnny, Montand, peut-être Claude François. Après c’est ­compliqué. Par exemple, je n’ai rien contre Michel Berger, j’adore ses chansons, mais il n’a pas de vie”. Une déclinaison sera prochainement produite aux États-Unis où le champ des possibles est plus étendu: Bowie, Monroe… Chez nous, trois numéros sont d’ores et déjà prévus: Dalida, Coluche et Jean Gabin. Quelques autres devraient suivre.

On n’en doute pas une seconde, l’émission fera le buzz, à la fois pour son format, ses invités et ses techniques modernes mais aussi par la présence à l’écran de Thierry Ardisson. Un retour sur le service public où il a fait entre autres Lunettes noires, Double jeu, Tout le monde en parle… Depuis, les choses ont changé et l’homme de médias qu’il est ne peut s’empêcher de poser un regard désabusé sur les programmes d’aujourd’hui. Une télévision qui hésite à innover: ”Il y a nostalgie et nostalgie. En soi, elle n’est pas quelque chose de mauvais. Avec Hôtel du temps, je surfe sur cet attrait pour les stars disparues. Mais quand je vois que TF1 va ressusciter la Star Academy, je me demande à quoi sont payés les mecs! Et les chaînes ­préfèrent acheter des programmes à l’étranger au lieu de faire travailler des créateurs français. Est-ce que les Français ne sont plus créatifs? Je ne comprends pas cet avachissement”.

Ardisson, inventeur

Le chef d’entreprise – il dirige Ardimages qui produit entre autres des longs-métrages et des séries – assure qu’il a définitivement tourné la page de l’animation: ”On m’a pris pour un animateur télé. C’est normal, c’est ce que j’ai fait pendant 37 ans. Ça devait être provisoire mais on m’a donné tout l’argent que je voulais pour faire mes conneries, donc j’ai continué. Mais mon véritable job, c’est inventeur”. Aujourd’hui, il travaille à un nouveau concept, La tête ou le Net. Un jeu télévisé dans lequel les candidats doivent déterminer quelles affirmations sont véridiques. Ils peuvent répondre avec leurs connaissances propres mais aussi s’aider en faisant appel à un ordinateur. Dans ce cas la cagnotte – initialement de 100.000 euros – diminue rapidement: chaque seconde d’utilisation est facturée 1.000 euros! Une “idée marrante” pour laquelle il faudra encore patienter: même si France Télévisions participe au financement du pilote, elle n’a pas encore acheté le jeu.

Premier épisode le lundi 2 mai sur France 3.

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