Tu mérites un amour: la survie post-rupture

Hafsia Herzi livre un beau premier film sur un chagrin d’amour, doublé d’un portrait plein de liberté de la jeunesse d’aujourd’hui.

Tu mérites un amour
Tu mérites un amour. © Prod
Diffusion le 27 avril à 22h40 sur Arte

Dans la tête des Européens, des gens d’origine maghrébine ne devraient pas s’associer à quelqu’un comme Guiraudie ou Bonello (des cinéastes abordant l’homosexualité – NDLR). Ça les choque. On est confronté à des réflexions de toutes sortes. Mais à la fin, je suis une femme libre, je fais ce que je veux”, déclarait Hafzia Herzi, actrice épatante révélée par Abdellatif Kechiche dans La graine et le mulet il y a déjà 15 ans, et qu’elle retrouvait pour Mektoub My Love: canto uno, film qui a aussi déchaîné les passions et conduit à l’ostracisme scandaleux du réalisateur tunisien pour sa propension à filmer des scènes de sexe dans la durée, ce que certains esprits tordus et pressés ont traduit par un “regard malsain sur les courbes de ses actrices”.

Aujourd’hui, la graine a bien grandi, fait toujours ce qu’elle veut et à l’instar de Sara Forestier, elle aussi passée par le regard de Kechiche, elle a décidé de passer de l’autre côté de la caméra. Pour raconter une histoire d’amour. Mais à nouveau pas où on l’attendait: Herzi a préféré filmer l’histoire d’un amour qui déraille et les traces qu’il peut laisser dans l’âme et le corps d’une jeune femme quand cet amour ne rime plus qu’avec rupture.

Tu mérites un amour, inspiré d’un poème de Frida Kahlo, est donc l’histoire de Lila (interprétée avec une grâce infinie par Herzi elle-même), qui après la fin douloureuse de sa liaison avec Rémi, tente de se reconstruire. Mais au-delà de cela, de ses expériences, notamment érotiques (comme Kechiche, Herzi filme au plus près les corps des filles et des garçons avec la même volonté de pénétrer la chair même des sentiments en abandonnant toute cérébralité), Herzi livre un instantané sur le vif de la jeunesse d’aujourd’hui, de son combat pour vivre, même dans l’intime, ses errements, ses désirs et ses sentiments. Avec douleur, mais aussi avec une joie de vivre confondante (ah, cette tchatche)! Libre comme l’air, ce joli premier film souffle à cette jeunesse qu’elle mérite un amour, mais qu’elle mérite surtout sa place dans ce monde, quoi qu’en pensent les vieux grincheux. Vivifiant!

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