Débat Macron-Le Pen: elle essaie, il assène

Inébranlable, position responsable pour Emmanuel Macron. Peuple français et sourire mi-coin pour Marine Le Pen. Le débat a été magistral pour l’ancien président français et hésitant pour la cheffe de l’extrême-droite.

Macron et Le Pen au débat
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La poignée de main s’est faite hors antenne. Tailleur noir pour elle, costard bleu pour lui. Marine Le Pen et Emmanuel Macron se sont fait face, calmement, chacun dans leur rôle, sans ko. Ce que les intervieweurs voulaient savoir, Léa Salamé en tête, c’est leur projet, leur vision, leur personnalité. On a eu beaucoup d’arguments, peu de personnalité. Marine Le Pen a tiré la première, tirage au sort oblige. Il a les bras croisés, elle sourit.

Voici, en gros, ce qu’ils se sont dit. Elle balance: le plus important, c’est le peuple français. Emmanuel Macron croise ses mains sous son menton. "Je serai la présidente de la sécurité, du quotidien, du pouvoir d’achat". Elle attaque le bilan de Macon, avec hésitation. "La politique c’est l’art des choix", dit-elle. Elle ne précise pas vraiment. C’est au tour de Macron. Il est fort, il lui donne raison. "C’est une réalité, j’ai fait plus de 600 déplacements (sur le terrain)." Il a vu, lui aussi. Il veut sortir les ménages de l’énergie fossile. Mais il a regardé le programme de Le Pen. Elle a oublié le chômage dans son programme. Il veut porter les pensions à 1500 euros. Il est fort, factuel. Elle le scrute. Elle frotte ses mains. Elle veut sortir du marché européen de l’électricité. Il s’énerve. Il rit. Elle dit que son blocage et plus efficace que sa TVA. Il l’écoute avec attention, une main devant la bouche. Il dit : "on a tous une vraie vie, Madame Le Pen".

Macron et Le Pen

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Les gilets jaunes

Elle continue sur la vraie vie des loyers. Il dit qu’elle a raison mais que c’est parfaitement aléatoire sur la fiche de paie. "Vous ne ferez pas les salaires, Madame Le Pen." Elle est sans voix. "Pardon", glisse-t-elle. Il est professoral. Elle hésite mais essaie. C’est le débat. Elle parle des voisins allemands. "Pardonnez-moi, je termine", dit-elle. Il ne comprend pas. Il dit : "ha bon ?". La réforme du marché européen ne se fait pas en mois. On ne change pas ça en un mois. On en a besoin. On est interconnecté. Macron appuie, martèle, développe. Elle balbutie. Il a regardé les chiffres. "Il y a quelque chose d’étonnant", dit-elle. Elle balance la crise des gilets jaunes, une tâche énorme sur le bilan de Macron. "Je veux rendre le pouvoir d’achat aux Français", tempête-t-elle. "Vos mesures sont inefficaces, mal calibrée ". Il monte sur les pointes. "Vous n’avez répondu à aucune de me questions factuelles."  Il dit "Bravo à vous". Il joue à fonds le fair-play jusqu’ici. Elle voulait le pouvoir d’achat pour gagner. Elle a perdu sans que Macron triomphe.

Un ange français passe. L’international s’impose comme sujet. Macron redevient président. Il veut mater la Russie et aider l’Ukraine. Marine Le Pen exprime sa solidarité absolue avec l’Ukraine. Elle dit plusieurs " oui bien sûr " pour aider l’Ukraine. Mais… Faire mal à la Russie fera-t-il mal à la France ? Elle est mal à l’aise. Elle parle au passé. Il lève les sourcils et rappelle combien le Front national n’accueille ni les Ukrainiens ni les étrangers. Et là, il pointe un fait personnel, un prêt à la Russie. Il balance son ambiguïté face à la Russie. Léa Salamé vole à son secours. "Je suis une femme absolument libre. C’est faux. Je soutiens une Ukraine libre, c’est un tweet que j’ai fait". Elle rappelle qu’il a reçu Poutine sur son lieu de vacances. Elle sourit. Elle tape sur le clou des prêts de banque. "Et puis, des millions de français ont été faire des prêts dans des banques depuis lors". Elle dit que rubis sur ongle elle rembourse. Mais "c’est long", dit-elle. "Mais cela crée une dépendance", dit-il. Il croise les bras. "Moi aussi, j’ai été devant les banques mais bon". Il réplique "vous rigolez ou quoi".

Qui est rabougri? 

Léa Salamé intervient sur la question de l’Union européenne. Macron a la parole. Il revient avec le vieil écu anciennement soutenu par Le Pen. Il vient, un à un, avec des arguments. Ni sur les poulets importés ni sur les travailleurs étrangers, il ne faut pousser. "C’est une bataille française de tous les jours", dit-il, devant elle, coite. "Votre projet ne dit pas son nom, c’est sortir de l’union européenne". Elle réfute. Il dit qu’elle ment sur la marchandise. Elle s’insurge. Elle explique que la préférence à l’emploi de travailleurs étrangers, c’est non. Et les retraites, dit Léa Salamé rappelant qu’elle est maître des horloges. Ils continuent. Elle dit "vous avez une vision rabougrie de la France". Il s’insurge sur son cynisme. "Vous êtes une nationaliste."

Jusqu’à quel âge devrez-nous travailler ? Les animateurs se rappellent au souvenir des deux futurs potentiels présidents. Le Pen veut et appuie la retraite à 62 ans. Elle reprend de la vigueur. "La retraite à 65 ans est une injustice", dit-elle. Il prend une posture intelligente. "On a beaucoup de progrès à financer. On a aussi à améliorer le niveau des retraites", dit-il, proposant d’améliorer le montant perçu par ceux qui ont travaillé.

L’alliance et le courage

Il est droit, percutant. Elle est courbée, attentive. Son alliance, à lui, brille. Son courage, à elle, est intéressant. Elle attend la fin. Il abat ses cartes. Elle l’attaque sur son bilan et ses dettes. Il s’insurge. "Ne me donnez pas de leçon", dit-il. Marine Le Pen a deux minutes de retard mais il se lance, énervé. "Qu’auriez-vous pendant la crise covid ?", dit-il. Elle a trois minutes, elle balbutie, tente des chiffres du chômage, ses mains en prière tentent de supplier. Elle parle des pauvres, un point très faible du bilan de Macron.  Et puis, la productivité de 0,1% en France. On vous avait présenté comme le Mozart de la productivité, dit-elle. Votre bilan est désastreux. Elle balance sur l’économie locale, française, comme solution. Il assume la dette covid. Il reprend la main. Qui a aidé sous la crise covid ? Il en est fier : c’est le gouvernement.

Il serre les poings, il ouvre les mains. Il parle des hôpitaux, des soins de santé, des infirmières sur le terrain. Elle est simple, cash, mains croisées. "Oui l’hôpital ira beaucoup mieux", elle présidente. "L’effondrement de l’hôpital, on le connait". Il a oublié, en attendant, la crise du covid, dit-elle. Elle balance un 20 milliard à investir 5 ans. Elle a rencontré toutes ces infirmières qui n’ont pas le temps de s’occuper de leurs malades, au point que c’est presque de la maltraitance, dit-elle. Il revient précisément sur les conditions de travail des infirmières.

Serré et concentré

Et la planète ? Ce n’est pas la France responsable, dit-elle. Elle veut relocaliser la production. Elle parle de patriotisme économique. Et elle embraie sur la souffrance animale dont le modèle international est responsable. Macron repose le débat sur l’incohérence de Le Pen par rapport aux énergies et la taxe de climato-sceptique. Elle balbutie. Il reprend la main. Il veut accompagner la transition climatique. Elle réplique : "vous êtes climato-hypocrite", s’appuyant sur toutes les personnes qui ne peuvent pas s’adapter "à l’écologie punitive pour ceux qui n’ont pas les moyens".


Elle veut faire de son quinquennat, celui de la jeunesse qui a tant souffert sous le covid. Elle détaille, elle a préparé son argumentaire. Elle veut des droits et des évaluations qui ne soient pas celles de " McKinsey " (l’entreprise d’audit, casserole pour Macron). Elle développe, veut des droits et de la discipline. Il défend son bilan. Il promeut la liberté des enseignants face à des élèves en difficultés. Sur la sécurité, elle serre les visses, façon extrême-droite. Macron réattaque, fort de son bilan. Il est fier de son bilan sur les féminicides. Elle s’agace. Il relève un sourcil sur la justice et propose de dégager et engager du personnel pour lutter contre l’impunité.

Des couteaux, pas de glaive

Le duel a été serré, pressé, concentré. Les couteaux sont sortis. Les glaives sont restés au vestiaire. Droite contre extrême feutrée et très déguisée. Macron ne sort pas vainqueur sans que Le Pen soit nullement triomphante. Verbe contre mot, argument contre véhémence. Nul gagnant, sinon l’intelligence d’un Macron proche de ses calculs et une Le Pen sortant la France d’en bas à tout bout de champs, sans convaincre sur son programme étrange. Les électeurs français trancheront ce dimanche.

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