Évincée du débat Macron-Le Pen, Lapix défendue par Salamé et Bouleau

La journaliste Anne-Sophie Lapix a reçu le soutien de ses collègues qui animeront le débat de l'entre-deux-tours, récusant sa supposée «hostilité».

Anne-Sophie Lapix
Anne-Sophie Lapix, lors de l’émission Élysée 2022 le 10 février 2022 @BelgaImage

Ce mercredi 20 avril, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se feront face lors du grand débat de l’entre-deux-tours, comme en 2017. Pendant un peu plus de deux heures, Léa Salamé (France Télévisions) et Gilles Bouleau (TF1) seront chargés d’animer cette étape phare de la campagne électorale. Si France Télévisions assure que sa représentante représentait le "choix numéro un", le nom d’Anne-Sophie Lapix a toutefois été clairement évincé en cours de route par les candidats restants à la présidentielle française. Interrogés à ce sujet par le Parisien, les deux journalistes retenus pour le débat ont tenu à défendre leur collègue.

Des questions qui dérangent

L’un des principaux reproches faits à Anne-Sophie Lapix était sa supposée tendance à se montrer trop offensive. Le 3 mars dernier, elle a par exemple interrogé Marine Le Pen lors de l’émission "Élysée 2022" sur ses possibles conflits d’intérêts avec la Russie. "Vous avez emprunté de l’argent en 2014 à une banque. Aujourd’hui, cette dette appartient à la société Aviazapchast qui est dirigée par d’anciens militaires russes. Vous n’avez pas remboursé en huit ans. Comment on revendique son indépendance quand on doit huit millions aux amis de Poutine?", lui demandait la journaliste. L’intéressée a assuré tout faire dans les règles et a riposté en estimant que la "question est insupportable" car elle "sous-entend des choses qui touchent directement à son honneur et à sa considération".

Le 11 avril, son porte-parole, Jordan Bardella, a déclaré que "Marine Le Pen ne souhaite pas qu’Anne-Sophie Lapix anime le débat" parce qu’elle n’arriverait pas selon elle à "à dissimuler son hostilité" à son égard, ajoutant d’ailleurs que cette décision était aussi "celle de son adversaire Emmanuel Macron". L’équipe de ce dernier n’a pas démenti mais a accepté que l’actuel président soit interrogé par Anne-Sophie Lapix ce jeudi 21 avril, selon Libération.

"Ce n’est pas aux politiques de donner un bon ou un mauvais point aux journalistes"

Alors, est-ce que la journaliste est si "hostile" que cela? "Ce n’est pas ce que j’ai perçu dans les interviews qu’Anne-Sophie a réalisées", estime Gilles Bouleau. "Que [Bardella, ndlr] ait une opinion, OK. Mais qu’il la déclare publiquement, je trouve ça un peu plus dérangeant. Dans un face-à-face, les politiques ne choisissent pas leurs interlocuteurs ni les questions mais ils sont libres des réponses".

"Cela m’a également gênée", avoue Léa Salamé, qui animait "Élysée 2022". "Ce n’est pas aux politiques de donner sur un plateau télé un bon ou un mauvais point aux journalistes. Quant à Anne-Sophie, j’ai eu un immense plaisir à travailler avec elle sur ‘Élysée 2022’. Elle s’est mise en danger en acceptant de participer à cette émission politique alors qu’elle n’y était pas obligée. En plus d’être une excellente journaliste, c’est une femme courageuse et droite".

Comme le rappelle également Léa Salamé, Anne-Sophie Lapix n’est pas la seule journaliste à avoir été rejetée de la sorte par un candidat à la présidentielle. Elle cite notamment le nom d’Anne-Claire Coudray, que Marine Le Pen aurait blacklisté car trop proche d’Emmanuel Macron. En 1995, la proposition de choisir Patrick Poivre d’Arvor avait été désapprouvée par le parti socialiste (PS) car celui-ci était cité par le tribunal de Lyon dans une affaire impliquant l’homme d’affaire Pierre Botton. "La vérité, c’est que [les politiques, ndlr] ne choisissent pas. Mais c’est vrai qu’ils ont la possibilité de récuser. Est-ce que cette règle doit évoluer? Sans doute", conclut Léa Salamé.

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