Le temps d’aimer et le temps de mourir, un chef-d’œuvre intemporel

Déchirante idylle sur fond de débâcle de l’Allemagne nazie, Le temps d’aimer et le temps de mourir est un choc esthétique et une claque flamboyante à l’absurdité de la guerre.

Le temps d'aimer et le temps de mourir
© Universal Studios
Diffusion le 4 avril à 20h50 sur Arte

Pour le resituer brièvement, Douglas Sirk fait partie, avec Fritz Lang, Billy Wilder ou Otto Preminger, de cette vague de très grands noms qui sont venus grossir les rangs de Hollywood après avoir fui l’Allemagne nazie. Rapidement, il devient le maître d’un genre, le mélodrame flamboyant, des embardées expressionnistes où l’humain se voit pris dans les contradictions effroyables du destin. D’un cinéma d’une beauté renversante, moqué un temps par certains machistes qui lui reprochaient ses films Kleenex à destination des femmes.

Mais le cinéaste – vénéré par la Nouvelle Vague, de Jean-Luc Godard à François Truffaut ou par Martin Scorsese aux States – a plus d’un tour dans sa caméra et ce qui fait sa force, pour qui regarde sous ses images gra­cieuses et la théâtralité de ses mises en scène, c’est son ironie, un regard aiguisé sur la fugacité de la vie et ses trompe-l’œil.

C’est tout ce qu’on retrouve dans le sublime Le temps d’aimer et le temps de mourir (un titre qui renvoie à la courte respiration qu’est une vie) adapté de l’écrivain allemand pacifiste Erich Maria Remarque. Nous sommes en 1944. En permission pour trois semaines, Ernst, jeune soldat, vit une idylle passionnée avec Élisabeth. Mais il est envoyé sur le front russe. La guerre fait rage avant même le temps d’aimer… Perdu entre sa foi malmenée, l’Allemagne défaite et son amour impossible, l’obscurité s’abat sur lui. Avant une étrange éclaircie finale, très sirkienne, dans l’un des plans cinématographiques les plus bouleversants jamais tournés (sans doute inspiré de la vie de Sirk, revenu tourner le film en Allemagne alors que son fils est mort sur le front russe), entre tragédie déchirante et espoir ténu. Chef-d’œuvre intemporel, ce film sublime résonne étrangement avec les cœurs amoureux d’aujourd’hui tailladés par une guerre absurde.

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