À la télé ce soir: Portrait de Patrick Juvet

Un an après sa disparition, Patrick Juvet: à cœur ouvert! montre comment un homme s’est libéré du système pour mieux y retomber.

Patrick Juvet
© prod
Diffusion le 1er avril à 20h50 sur La Une

Dans le film, Patrick Juvet l’affirme: “Quand j’étais petit, je dérangeais tout le monde”. Une manière d’admettre qu’il n’a jamais rien fait comme les autres. Après un faux départ comme chanteur fleur bleue – image établie sur foi d’une poignée de tubes volatils (La musica, Sonia, Je vais me marier Marie et Le lundi au soleil, livré clé en main à Claude François), Juvet reprend ses jetons et quitte la table de ce showbiz où il a l’impression de passer pour une arnaque. En 1973, il fait un ­Olympia mémorable où il réapparaît métamorphosé en diva kimono, le visage redessiné en œuvre d’art. Au-delà du maquillage (un quasi-scandale dans la France de Pompidou et de Philippe Bouvard), le ­projet Juvet fait reculer les frontières de la variété, la poussant vers un glam rock mélodique dont on trouve les traces séminales sur les albums “Love” (disque à paillettes et diamants) et “Chrysalide”, chef-d’œuvre aux accents funky dark soulignés par la voix de Daniel Balavoine. La suite, conduite à deux cents à l’heure après le succès des disques américains conçus avec Jean-Michel Jarre, on la connaît.

Tout est pourtant repris à zéro dans ce long documentaire qui, guidé par le témoignage de proches (Nicoletta, Alain ­Chamfort, Nancy Chollet, sœur de Juvet), resitue l’artiste à sa juste place – celle d’un compositeur qui avait saisi, un peu avant tout le monde, le vent de liberté et la tonalité très sexuelle d’une époque qui ne va pas s’arrêter en si bon chemin. En suivant ce portrait (qui ne convaincra que les convaincus, mais on peut tout de même espérer quelques conversions tardives), on ne sera pas étonné de voir que le système des années 70 produisait des excès en tout genre, mais ne savait pas reconnaître les vision­naires. Or Patrick Juvet en était un.

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