À la télé ce soir: Portrait de Michael Haneke, un cinéaste double

On le croyait misanthrope. C’est un Michael Haneke humaniste que nous révèle ce portrait entre chaud et froid d’un cinéaste radical à l’œuvre sulfureuse.

Michael Haneke
© arte
Diffusion le 20 mars à 22h55 sur Arte

Ce qui frappe de prime abord dans ce documentaire fouillé qui décode le cinéaste autrichien Michael Haneke, c’est la distance qu’il y a entre l’homme et son œuvre… qui ne lui ressemble pas. Car en effet, Haneke, cinéaste exigeant reconnu par une pluie de récompenses (il fait partie, avec nos frères Dardenne, du club très fermé des doubles vainqueurs de la palme d’or – pour Le ruban blanc et Amour), pratique un cinéma où l’on ne s’aventure pas sans risque tant son regard est implacable (il suffit de se pencher sur l’éprouvant Funny Games et son étude clinique de la violence pour s’en rendre compte).

Il y aurait donc Michael et Haneke. Ou pour donner une image plus juste: un docteur Jekyll (un “cinéaste étonnamment pragmatique et ouvert”, ainsi que le décrit Isabelle Huppert, son actrice-égérie depuis La pianiste) et un Mister Hyde (sa création monstrueuse) se côtoyant chez Haneke? C’est en tout cas ce que semble confirmer de manière remarquable la documentariste Marie-Ève de Grave dans ce film mêlant au cordeau des interviews d’archives et de judicieux extraits de l’œuvre de l’Autrichien. Dessinant avec justesse le portrait de l’homme (que l’on voit courir comme un enfant passionné derrière ses techniciens durant les tournages – “On sent qu’il y a une caméra qui est là et qui nous aime”, poursuit Huppert) et son œuvre: ”Quand on cherche les ténèbres avec un tel sérieux, on ne peut se faire aimer de tous”, rappelle son compatriote et écrivain Alexander Horwath, l’un des passionnants intervenants du documentaire. Lequel nous invite – à l’occasion des 80 ans du ­cinéaste né le 23 mars 1942 – à regarder l’œuvre d’apparence froide et austère de Haneke d’un tout autre œil. Ce regard qui constitue du reste la colonne vertébrale de son cinéma. Ce regard neuf qui, débarrassé de toute fioriture et parfaitement honnête, peut, par-delà la violence, nous amener à toucher au plus près le cœur de notre humanité. Et peut-être, qui sait, changer le monde.

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