Sweet Sweetback, naissance d’un héros noir au cinéma

Avec un film emblématique, le réalisateur Melvin Van Peebles a révolutionné la représentation des Noirs à l’écran.

Sweet sweetback
© Arte
Diffusion le 16 mars à 22h45 sur Arte

Au début des années 70, seuls deux acteurs afro-américains avaient reçu un oscar: ­Hattie McDaniel (Autant en emporte le vent) et Sidney Poitier (Le lys des champs). Et encore, dans un rôle de domestique pour la première et d’un homme à tout faire pour le second. Ces stéréotypes, Melvin Van Peebles n’en veut plus. En 1971, le cinéaste a déjà tourné deux longs-métrages – La permission et ­Watermelon Man – qui cassent les carcans raciaux, mais il perçoit à quel point il est compliqué de promouvoir ses idées auprès des grands studios hollywoodiens dirigés par des Blancs. Il va donc décider de ­mettre en vedette un héros noir en révolte contre une Amérique raciste. De cette volonté naîtra un long-métrage indépendant au contenu décapant – sexe, guérilla et émancipation au menu – et au titre improbable: Sweet ­Sweetback’s Baadasssss Song.

Quand on est Noir aux USA, on sait que Sweet ­Sweetback c’est une manière de surnommer quelqu’un, tandis que le badass désigne un dur à cuire”, explique Mike Sargent, critique ciné américain. Multipliant les faux raccords, les effets spéciaux et les distorsions sonores, Van Peebles s’affranchit totalement des codes en vigueur et saupoudre le tout d’un funk expérimental de son cru accompagné par les Earth, Wind and Fire. Pour couronner le tout, le film sera classé X… ce qui contribuera à faire encore plus parler de lui. Le ­succès sera énorme auprès de la communauté afro-américaine et Sweet Sweetback’s entraînera l’apparition du courant de la Blaxploitation, avant d’inspirer plus tard un Spike Lee ou un John Singleton. Un phénomène décortiqué dans un docu agrémenté de nombreux témoi­gnages, dont celui de Van Peebles, décédé en 2021, un demi-siècle après la sortie de son manifeste, sans avoir perdu une once de sa combativité.

Sur le même sujet
Plus d'actualité