À la télé ce soir: Mohammed Ali, le documentaire à ne pas rater

Découpé en quatre rounds, ce fascinant documentaire retrace la vie de Mohamed Ali, icône mondiale de la boxe dont le destin hors norme se confond avec l’histoire américaine.

Mohamed Ali

Diffusion le 11 janvier à 20h50 sur Arte

Ce n’est pas Leonardo DiCaprio qui a popularisé l’expression “Je suis le roi du monde!”. C’est un jeune homme répondant au nom de Cassius Clay alors qu’il venait de terrasser contre toute attente – le 25 février 1964 – le champion du monde poids lourds de boxe, Sonny Liston, voyou redouté pour sa droite destructrice. Mais devenir ce roi du monde n’allait pas manquer d’embûches. En effet, Clay, né en 1942 dans le ­Kentucky, au sein d’une famille chrétienne de la petite classe moyenne, combinait à peu près tous les handicaps pour l’empêcher d’accéder à son rêve: il était Noir dans une Amérique violemment ségrégationniste, élève dissipé et manquait d’argent.

Mais il possédait deux atouts particuliers: une ­confiance en lui absolument inébranlable et le cœur gonflé par une révolte terrible depuis qu’en 1955, il avait quasi assisté au lynchage d’un jeune Noir de son âge, Emmett Till. Quelques mois après le procès qui innocenta les deux assassins blancs de Till, Rosa Parks refusait de laisser la place qu’elle occupait dans un bus de l’Alabama. Et Clay allait, lui, bientôt devenir le plus grand héraut de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains. Et partant, une figure majeure des États-Unis au XXe siècle.

L’homme avait un troisième atout, mais qui se retournait parfois contre lui: c’était un showman extraordinaire doublé d’une formidable grande gueule qui ne se fermait jamais. Ainsi, lors du fameux combat contre Liston, de nombreux spectateurs espérèrent que la brute rabatte le caquet de ce beau jeune gars tempétueux une bonne fois pour toutes. D’autant que, sacrilège suprême pour la majorité des Américains, il avait rallié la bannière de l’islam sous l’impulsion d’Elijah Muhammad, puis de Malcolm X dont il devint l’ami proche. Clay s’était libéré et répondrait désormais au nom de Mohammed Ali.

Une véritable légende était née, pour le meilleur et pour le pire. Et cet exceptionnel documentaire inédit de huit heures, réalisé par Ken Burns, Sarah Burns et David McMahon nous raconte, nombreux témoignages et images d’archives très rares à l’appui (comme ce moment hallucinant qui faillit finir en pugilat où on voit Ali venir provoquer Liston en pleine séance d’entraînement), le boxeur-danseur au plus près, sans éluder sa face plus sombre. Et nous raconte également, à travers son destin de champion, une Amérique en pleine contestation en train de changer à jamais de visage. Un must.

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