2021 à la télé: une année de buzz éclair

S’il fallait incarner 2021 en télé et dans les nouveaux médias, l’image que l’on choisirait serait sans doute une poule sans tête, qui court d’un événement à l’autre.

Squid Game
© Netflix

Le graal du “grand rendez-vous fédérateur” semble de plus en plus compliqué à atteindre pour les chaînes linéaires. Le public? Volatil et segmenté. Pour capter l’attention, les programmateurs misent sur l’événement (et gardent leurs infos comme des œufs d’or, sans hésiter à déprogrammer à tout-va pour sur­prendre la concurrence). Les séries sont plus ­courtes, diffusées par salves plutôt qu’au rythme hebdomadaire alors que, paradoxe, Disney+, Apple TV+ et Netflix testent de plus en plus la formule d’un épisode par semaine, pour créer l’attente du “season finale” (un procédé agaçant mais efficace, on l’a constaté avec le buzz de la série WandaVision sur Disney+). 2021 est aussi l’année des tempêtes dans un verre d’eau, des réactions à chaud, qui montent et retombent comme du lait sur le feu.

L’interview qui fait boum

Le 7 mars, la diffusion de l’interview de Harry et Meghan par Oprah Winfrey lance une bombe thermonucléaire sur Buckingham. Si les réactions outrées de la journaliste deviennent des mèmes, c’est le contenu qui fait très très mal. À côté des confessions sur le manque d’empathie du Palais, la froideur de Charles et les querelles avec Kate et William, Meghan porte l’estocade en une phrase: “Pendant les mois où j’étais enceinte, il y a eu des inquiétudes et des conversations sur la couleur de sa peau à la naissance”. Bim. La famille de la chef du Commonwealth est raciste. La “firme” aura beau réagir, le scandale plombe durablement Charles et William.

Meghan et Harry

L’accident industriel

Avec The Artist, lancé le 11 septembre, France 2 imaginait enterrer The Voice. Nagui nous promettait un concours de haut niveau. Trop de ­confiance. La longueur des primes en direct a ­exaspéré le public dès la première. En face, TF1 a fourbement dégainé The Voice All Stars. À la ­quatrième semaine, The Artist a été relégué à la deuxième partie de soirée du vendredi. Et réalisé des scores historiques… de plantage.

Le désenchantement

La double triche à Koh-Lanta: la Légende n’est pas juste une péripétie malheureuse dans un jeu télé. C’est un séisme. Koh-Lanta était porté par les valeurs d’aventure, de dépassement de soi (de stratégie aussi, mais dictée par les circonstances et les règles du jeu). Déjà, quand en novembre Teheiura, l’incarnation du Robinson, avait été ­éliminé pour avoir dealé un steak-frites, la réaction des spectateurs avait été à la hauteur de leur déception (il y a eu des menaces de mort sur les réseaux sociaux!). Mais lorsque le 14 décembre, Denis Brogniart a annoncé qu’il n’y aurait pas de gagnant, à nouveau pour cause de fraude à la bouffe, on s’est juste senti… trahi par des candidats qui incarnaient une forme d’idéal dans un monde de brutes.

La bouffée de nostalgie

Avant l’événement des retrouvailles du cast de Harry Potter, il y a eu… Friends: The Reunion. Le 27 mai, dix-sept ans après, Phoebe, Ross, Rachel, Monica, Joey et Chandler sont retournés dans leur appart. Oui, le programme était dispensable, pas toujours drôle, semé de guests gadget et incongrus (Lady Gaga, Justin Bieber…). Mais on y a appris le crush de Jennifer Aniston et David Schwimmer. Et tout Twitter a commenté, pas toujours élégamment, le physique des acteurs. Une belle opération pour Tipik, qui a chopé les droits de diffusion pour la Belgique.

Du harcèlement et de la révolte

La diffusion du documentaire #SalePute de Myriam Leroy et Florence Hainaut est l’un des moments importants de cette année télé. Le film dénonce la violence sexiste que subissent les ­femmes sur les réseaux sociaux. Pour beaucoup, les témoignages de journalistes, humoristes, autrices, cibles de raids en ligne entraîneront une réelle prise de conscience. Il est d’ailleurs cité dans le Plan d’action national contre les violences de genre de Sarah Schlitz, adopté par le Conseil des ministres le 27 novembre. Et le harceleur de Myriam Leroy a été condamné ce 21 décembre à 10 mois de prison avec sursis.

Série fais-moi peur

Qui aurait imaginé le 16 septembre que la mise en ligne, le lendemain, d’une série coréenne intitulée Squid Game (le jeu du calamar, quand même) allait battre des records… Et se retrouver mentionnée dans des avis de directeurs d’école collés dans les journaux de classe? Personne. Pourtant Squid Game et ses répercussions dans la cour de récré ont fait prendre conscience aux parents de la violence à laquelle pouvaient être exposés leurs enfants à la télé. En soi, le phénomène n’est pas neuf et il n’y a pas à paniquer. Mais ça rappelle l’importance de l’éducation aux ­images… et du contrôle parental.

Des triomphes français

HPI, En thérapie, Le remplaçant, Mixte… Sur Prime Video, on doit applaudir la qualité, et le succès, des productions françaises de l’année. Faire jouer une version 2021 de L’instit à Joey Starr reste l’une des meilleures idées qu’on ait vues depuis Omar Sy en Lupin.

Sur le même sujet
Plus d'actualité