À la télé ce soir: Joker, la pépite signée Todd Philipps

Todd Phillips, réalisateur de Very Bad Trip, resitue les origines de l’ennemi préféré de Batman (Joaquin Phoenix, immense) sur fond de virulente critique sociale.

Joaquin Phoenix en Joker
© Warner

Diffusion le 19 décembre à 20h05 sur Tipik

On n’attendait pas de Todd Phillips, le réalisateur de la saga comique Very Bad Trip, qu’il traîne ses guêtres dans les ruelles crasseuses et inquiétantes d’une Gotham City sans commune mesure avec la cité gothique très cinématographique de Tim Burton. En effet, ses “super-vilains” à lui, des adulescents de 40 balais accrochés à la bibine et à la déconnade, n’avaient a priori rien à voir avec des criminels grimaçants au rire façon démon de Jack Nicholson. Vous l’avez compris, Phillips s’est donc emparé à son tour de la figure tordue du Joker, le plus fidèle ennemi de Batman. Rien d’étonnant au fond: ses fêtards soûlographes de Very Bad Trip ont en commun avec le truand rigolard de BD d’être des incompris dans un monde qui les exclut.

À travers l’histoire de Joker, Phillips traite donc à nouveau de la trajectoire d’un homme qui ne se sent pas à sa place. Qui dérange le système bien agencé et pyramidal, les – très – riches (comme le père d’un certain Bruce Wayne) tout en haut et les – très – pauvres, tout en bas. Arthur Fleck, lui, fait le clown pour des braderies miteuses et pour les enfants à l’hôpital. Son rêve? Être un humoriste reconnu. Mais quand on est tout en bas, les rêves ont parfois un goût de nez écrasé sur le bitume. Alors, Fleck, qui vit dans un deux-pièces exigu avec sa vieille maman malade, lui-même atteint d’une maladie neurologique qui lui fait pousser des rires incontrôlables et douloureux, va subir humiliation sur humiliation. Jusqu’à ce qu’un jour, il dérape…

Sortant des phylactères et du très classique gangster dingo, Phillips crée un univers quasi sans Batman. Dans un monde reflet du nôtre à faire froid dans le dos. Et avec l’aide d’un inoubliable Joaquin Phoenix, il donne à Joker la figure d’une bouleversante mais terrifiante humanité, celle du sans-grade qu’un monde moderne et conquérant écrase pour se faire toute la place, sans même plus le remarquer. Mais celle aussi d’un homme qui, à bout, va se révolter.

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