À la télé ce soir: Leto, du rock en URSS

Serebrennikov explore une Russie inattendue, celle du rock underground des années 80, à travers la figure de deux chanteurs charismatiques et de leur sublime muse.

Leto du rock en URSS
© Bac Films

Diffusion le 10 décembre à 23h30 sur La Trois

S’il en est éloigné par son style si peu conformiste, Kirill Serebrennikov a bien retenu la leçon du théoricien du montage et légende des cinéastes russes, Eisenstein, pour rendre par effets de collages d’images et incrustations les reflets kaléidoscopiques de la réalité de l’âme russe. Car le cinéaste, assigné à résidence et surveillé de près par le pouvoir est bien un enfant du pays. De ceux qui osent traquer les espaces ténus de liberté d’une Union soviétique au régime répressif.

Pas étonnant que le cinéaste ait choisi de planter le récit de Leto (“L’été”) dans les années 80. À l’aube de la perestroïka et de la révolution sociale promise par Gorbatchev. Mais ce n’est pas la politique qui l’intéresse directement, mais la jeunesse et la scène underground rock qui a des fourmis dans les pattes et dans les guitares. Qui brûle de s’émanciper, s’échangeant sous le manteau des disques interdits des “ennemis” de l’Ouest, Bowie ou le Velvet Underground qu’elle écoute religieusement. De la même façon, c’est en secret qu’il capte le désir de liberté d’une jeunesse qui assiste à un concert surveillé par les autorités, relevant là des pieds qui battent le rythme ou là, des visages en joie.

Filmant le collectif des groupes plus que l’individu, selon les préceptes marxistes, Serebrennikov va pourtant resserrer son cadre autour de deux chanteurs dans son somptueux noir et blanc: Viktor Tsoï, futur leader du groupe New Wave Kino et Mike Naumenko (et sa sublime femme Natasha), détournant le piège du biopic attendu pour une variation rock de Jules et Jim. Et ces trois-là vont changer le cours du rock’n’roll en URSS avec une nouvelle génération de musiciens. Touffu, baroque, libre, mélancolique, emporté, Leto vous gonfle le cœur et file des ailes à votre âme d’enfant.

Leto, c’est le rock et l’été éternels des “aujourd’huis” qui chantent, qu’importent les pressions d’un pouvoir qui entendrait briser vos rêves. Un must.

Sur le même sujet
Plus d'actualité