Björn Andrésen, de l’éphèbe à l’acteur

Garçon à l’immortelle beauté de Mort à Venise de Visconti, Björn Andrésen a combattu toute sa vie pour sortir de son statut d’image. Récit émouvant dans un documentaire à hauteur d’homme.

Björn Andrésen
Diffusion le 1er novembre à 23H00 sur Arte

Björn Andrésen. Personne ou à peu près ne connaît ce nom. Et pourtant, des générations de jeunes l’ont croisé sans même s’en rendre compte. Son physique d’ange blond a inspiré nombre de mangas japonais. Dont l’un des plus célèbres, Lady Oscar, diffusé au milieu des années 80 sur France 2, racontait les aventures d’une jeune femme travestie au temps de Marie-Antoinette. Mais Andrésen, c’est avant tout le jeune ado androgyne à la beauté hypnotique de Mort à Venise, sublime adaptation de la nouvelle de Thomas Mann par Visconti (Le Guépard). Mise en scène comme la variation du chant du cygne de l’artiste, le musicien Gustav von Aschenbach (grand Bogarde) et son attachement maladif à la beauté. Une beauté donc tout entière concentrée à ses yeux dans le corps adolescent de Tadzio (Andrésen), qui pointe du doigt dans la séquence finale du film un ailleurs invisible.

Lorsqu’il rencontre à 15 ans un Visconti subjugué par sa beauté pour le casting de Mort à Venise – comme on le voit dans ce documentaire émouvant, en réalité digest d’un film plus long, The Most Beautiful Boy In The World, de Kristina Lindström et Kristian Petri -, Andrésen est loin de se douter à quel point cet ailleurs invisible (le bonheur? La reconnaissance?) se bouchera pour lui en scellant son accord avec le réalisateur italien. Le jeune homme sera désormais prisonnier de son image, entérinée à jamais dans l’histoire du cinéma. “Le film a détruit ma vie”, dit Andrésen. Le documentaire raconte l’itinéraire tragique d’un enfant pas gâté. Qui se rêvait musicien. Et que l’on retrouve à 66 ans, métamorphosé, mais toujours traumatisé d’avoir reçu sur lui un jour la lumière des projecteurs. Qu’il se rassure, il aura eu en quelque sorte sa revanche: l’histoire se souvenant en effet de l’œuvre de Visconti comme de lui, comme d’une beauté “hors temps”, tant le monde d’aujourd’hui est gouverné par d’autres idoles moins gracieuses.

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