Germinal de Zola arrive en version série à gros budget sur France 2

Pour sa première série à gros budget, France Télévisions parie sur Zola. La promesse? Une version plus contemporaine du roman de la lutte des classes. Notre verdict…

Germinal de Zola arrive en version série à gros budget sur France 2

Si l’on se demande pourquoi adapter, encore et toujours, les classiques de la littérature, la réponse arrive vite. Paru sous forme de feuilleton dans Gil Blas entre 1884 et 1885, le roman de Zola propose des cliffhangers et des arcs narratifs tout cuits pour une division en épisodes. Sans compter que le classique garantit l’adhésion du grand public en mal de valeurs sûres (dans le même ordre d’idées, Illusions perdues d’après Balzac est sorti au cinéma ce 20 octobre). Et puis Zola, la grève des mineurs du Nord, à l’époque des gilets jaunes, ça fait actu… Germinal en série sonne donc comme une évidence, avec la RAI et ZDF en appoint, histoire de budgéter de beaux grands décors, des milliers de figurants et une mine reconstituée en Belgique.

Reste quand même à apporter du nouveau – ce nouveau qui devrait nous faire définitivement oublier l’adaptation cinéma de Claude Berri en 1993. La production a donc engagé Julien Lilti, coscénariste d’Hippocrate avec son frère Thomas, et David ­Hourrègue, le producteur-réalisateur de Skam France. Le duo ne tarit pas d’éloges sur le roman, qu’ils qualifient de ”prophétique” (on opine, on avoue, on est très fan de Zola, ça va se sentir dans la suite). En interview pour France 2, David ­Hourrègue insiste: ”Germinal, c’est l’histoire d’une révolte, de la dignité du peuple ouvrier au XIXe siècle, avec une résonance contemporaine”. Ce n’est pas faux.

Julien Lilti souligne, lui, l’idée de germination, ­message central du livre d’Émile Zola toujours dans les programmes scolaires: “Si nous échouons à changer le monde, peut-être nos enfants ou nos petits-enfants y parviendront-ils. On sent que cette lutte a porté ses fruits, mais aujourd’hui, on constate qu’il y a de nou­velles formes de dérégulation remettant en question nos acquis. L’écriture a coïncidé avec les grands mouvements de grève qu’on a connus en France”…

La mission du duo était donc claire: garder le drame politique mais ”dépoussiérer” Germinal, selon les ­termes de la production (on n’a jamais trouvé que le lyrisme et la puissance d’évocation de l’auteur des Rougon-Macquart avaient besoin d’un coup de ­Swiffer, mais soit…). Dépoussiérer Germinal, c’est… mettre davantage les femmes en avant. Sans doute la vraie qualité de la série. On y voit ainsi le personnage de la Maheude, femme de mineur (Alix Poisson), incarner la révolte au fil des épisodes. Une scène de viol est doublée d’une réflexion sur le ­consentement et se place du côté de la victime (même si dans le dernier épisode un viol conjugal passe à l’as). Dépoussiérer Germinal, c’est ajouter des mouvements amples de caméra façon drone au scope du cinéma. L’influence du western est claire. Ça donne. Dépoussiérer Germinal, c’est ajouter quelques mots d’aujourd’hui dans les dialogues (”lâche-moi”, ”je me casse” ou… ”mondialisation” dans la bouche du directeur de l’usine). Ça passe.

Idées nouvelles

Mais dépoussiérer Germinal, c’est aussi, parfois, quelques idées discutables. Celle d’ajouter un grand méchant, d’abord, sorti tout droit d’une série américaine ou de Peaky Blinders. Un rôle caricatural qui personnalise une société sans pitié pour les ouvriers. Un artifice dont la série se passerait aisément. Autre mauvaise bonne idée, selon nous, celle d’opter pour le casting ”colorblind”. Steve Tientcheu, Sami Bouajila sont d’excellents Rasseneur (le cafetier) et Deneulin (le directeur de la mine voisine). On soutient et adhère en général au principe de prendre le meilleur acteur pour un rôle, qu’importe son apparence. Mais voir des personnes racisées incarner des Blancs du XIXe siècle reste interpellant parce qu’on se demande si cela ne gomme pas, justement, le racisme de la société de l’époque. L’idée reste intéressante. Zola aurait sans doute aimé ce débat-là.

Mission accomplie, vraiment? La série a-t-elle vraiment donné un coup de jeune à nos mineurs? Cette fresque reste au final classique. On ne peut pas s’empêcher de tiquer à voir l’importance qu’y prennent les adultères des bourgeois (moins présents dans le roman). Et puis, où sont les Chtis dans ce Germinal? Où sont nos larmes lorsque la Maheude redescend dans les galeries, lorsque l’enfant meurt de faim? Lorsque la misère pousse la foule hurlante à lyncher un épicier? On aurait aimé décoincer tout cela, voir un J’accuse 2021 qui perfore l’injustice sociale. On se dit que si Zola avait voulu dépoussiérer son Germinal, il aurait sans doute appelé Frances McDormand et Chloe Zhao pour faire péter les entrepôts d’Amazon. Ou il aurait emmené les Dardenne et Ken Loach dans une usine chinoise. Et là, l’ultime phrase du chef-d’œuvre, ”des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait dans les sillons, ­grandissant pour les récoltes du siècle futur et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre” aurait résonné comme l’espoir de demain. Et pas comme une commémoration du passé.

Une jolie bande

Pour donner vie aux vingt personnages principaux, il fallait des acteurs charisma­tiques et crédibles. On les a. Thierry Godard, le Gilou d’Engrenages, campe Maheu, le mineur digne, avec présence et puissance. Ses moments de tendresse silencieuse avec la Maheude, incarnée par Alix Poisson, sonnent juste et font partie des instants de grâce de la série. Louis Peres, nouveau venu sorti du Cours Florent, apporte la jeunesse et la fougue à Lantier, le meneur qui déclenche la révolte. Guillaume de Tonquédec est impeccablement détestable en Hennebeau directeur de mine. Ils donnent du corps aux intrigues.

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