Pialat, l’incompris

Après Nous ne vieillirons pas ensemble, Arte propose un documentaire dans lequel Pialat est raconté par son photographe de plateau, sans fioriture, à la manière dont il concevait ses films, ”jusqu’à l’os”.

Pialat, l’incompris
© BelgaImage
Diffusion le 18 octobre à 22h35 sur Arte

À l’inverse de Daniel Day-Lewis, personne ne dirait de Maurice Pialat qu’il était la gentillesse et l’élégance mêmes. L’histoire se rappelle plutôt un bras d’honneur vigoureux adressé au public du Festival de Cannes en 1987, lorsque sous les sifflets, il reçoit la palme d’or pour le Sous le soleil de Satan et crie son célèbre “Vous ne m’aimez pas? Sachez que je ne vous aime pas non plus!”…

L’homme était connu pour ses coups de colère homériques. Alors qu’il se montre très proche de Depardieu durant le tournage de Police, le réalisateur joue à ignorer Sophie Marceau, la violente psychologiquement jusqu’à lui faire monter les larmes. “C’était un enfer”, se rappelle l’actrice. Pialat, réalisateur de talent, mais sale type tyrannique? Comme toujours, l’histoire est plus compliquée que cela. Et c’est l’essentiel de ce que raconte ce documentaire sans filtre, réalisé par William Karel, son photographe de plateau, depuis À nos amours, et que l’on avait ainsi prévenu: “Vous verrez, au début c’est difficile, après, c’est carrément l’enfer!” Karel ne quittera plus jamais l’homme qui allait devenir son mentor.

Élevé dans un petit village d’Auvergne, Pialat connaît rapidement le déclassement social quand son père, marchand de bois, est ruiné et qu’il est confié à sa grand-mère. Un sentiment d’abandon qui agira toute sa vie comme une ombre menaçante et infusera toute son œuvre. Pas prolixe (10 films seulement en 40 ans), mais intense et commencée sur le tard, à 43 ans après en avoir passé vingt à ruminer son échec au Beaux-Arts. Une vie hantée par ses blessures d’enfance qui fait toute sa filmo. C’est lui l’enfant abandonné de L’enfance nue, admiré par Truffaut. C’est lui, le prêtre torturé jusqu’au désespoir du Soleil de Satan. C’est lui, cet homme de paradoxes, obsédé par la vérité des choses depuis qu’il a vu La bête humaine de Renoir, son film de chevet. C’est lui, le créateur amer qui préférait mille fois “être un peintre moyen plutôt qu’un grand cinéaste”.

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