Tollé en Flandre: une télé-réalité propose de faire un enfant avec des inconnus

Des politiques flamands ont déjà condamné l’émission. La chaîne affirme pour sa part vouloir lancer le débat sur un modèle parental absent de la législation belge.

Tollé en Flandre: une télé-réalité propose de faire un enfant avec des inconnus
@VTM

Le lundi 18 octobre, VTM proposera une nouvelle télé-réalité, «Ik wil een kind» («Je veux un enfant»). Son concept: se faire rencontrer des personnes qui veulent un enfant mais qui sont dans l’incapacité d’en avoir un, que ce soit pour des raisons médicales ou sociales. Ils pourront ensuite mettre au monde un bébé et devenir parents à part égale, même s’ils sont plus que deux. C’est la «coparentalité consciente». Il pourrait par exemple s’agir d’un couple homosexuel, dont un des deux hommes serait le père biologique, et d’une mère biologique qu’ils ne connaissent pas. Les trois élèveraient ensuite ensemble l’enfant (voire les enfants) à venir.

Dans la vidéo promotionnelle de VTM, l’idée semble plaire aux personnes qui découvrent le concept de cette émission. Et pourtant, depuis que la chaîne a rendu le projet public, les critiques ne cessent de pleuvoir, notamment du côté du gouvernement flamand.

Des politiques flamands qui se disent choqués

Pour ses opposants, «Ik wil een kind» ressemblerait à une machine à faire des bébés sans réelle considération pour le bien de l’enfant. «Avoir un enfant n’est pas la même chose qu’acheter une maison ou trouver un partenaire de vie», s’indigne par exemple le ministre flamand de la Jeunesse, Benjamin Dalle (CD&V). Le vice-président de la N-VA, Lorin Parys, a tweeté: «Cela me retourne l’estomac». À gauche aussi, certains hommes politiques se montrent choqués. «N’y a-t-il aucune honte chez VTM», déclare par exemple le sénateur Bert Anciaux (Vooruit). «Est-ce que l’on doit tout céder pour les chiffres d’audience et le profit?», ajoute-il.

La commissaire aux droits de l’enfant, Caroline Vrijens, a pour sa part fait une critique plus modérée. Cette ancienne conseillère du gouvernement flamand juge qu’il est intéressant qu’une émission s’intéresse à ce type de co-parentalité qui reste largement méconnu, bien qu’il existe en Belgique. Mais selon elle, la méthode de sensibilisation du public n’est peut-être pas la bonne et elle insiste pour rappeler que l’enfant ne doit pas être considéré comme un objet.

Le bien-être de l’enfant et la fin d’un tabou

Du côté de VTM, on assure qu’il n’est pas du tout question d’oublier le bonheur de l’enfant. La chaîne déclare ainsi que les participants «reçoivent les conseils nécessaires de psychologues, d’avocats et de médecins pour s’assurer que le bien-être de l’enfant est garanti». L’émission s’intéressera d’ailleurs plus à la naissance de cette coparentalité et non pas à la grossesse en tant que telle. «Les futurs parents, en collaboration avec des experts, examineront si la coparentalité consciente est une forme appropriée de parentalité pour eux et si le bien-être du futur enfant s’y retrouve», précise à Belga la porte-parole de VTM, Sylvia De Doncker. Il est par exemple question d’accords préalables sur les lieux de vie des parents (qui ne vivent pas ensemble) ainsi que sur les allocations familiales, le congé parental, etc.

Puis le but principal de «Ik wil een kind», c’est surtout de montrer le vide juridique sur la coparentalité. C’est simple: en Belgique, la législation ne prévoit pas la possibilité de créer une telle famille. Aujourd’hui, ce genre de situation est le plus souvent le résultat de parents qui se sont remis en couple après un divorce. La différence avec la coparentalité consciente, c’est que ce modèle familial est planifié à l’avance.

Selon Ann Buysse, psychologue à l’université de Gand et experte recrutée par VTM, il faut briser ce tabou. Comme elle l’explique à la VRT, elle juge qu’il est temps «que nous montrions ce qui se passe aujourd’hui en secret dans toute sa vulnérabilité, sa complexité, mais aussi la beauté, et l’émotion qui y sont liées».

Quoi qu’il en soit, VTM compte bien diffuser le premier épisode lundi prochain, qui sera plus un prélude qu’autre chose. La chaîne se chargera alors de trouver des personnes intéressées par le concept et susceptibles de participer au programme. En guise d’illustration, VTM présentera une pharmacienne de 40 ans, célibataire et mère d’un enfant en coparentalité avec un couple homosexuel, chacun racontant les difficultés et les bons côtés de cette nouvelle forme de parentalité.

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