Eurovision, chansons, politique et polémiques

Féminisme, racisme, religion, politique. Le Concours Eurovision de la chanson – qui démarre ce soir à Rotterdam – ne serait pas tout à fait le Concours Eurovision de la chanson sans son chapelet de petites polémiques dont l’édition 2021 est particulièrement riche.

L'Eurovision, c'est reparti. Copyright Belga

La Russie 

Originaire du Tadjikistan, Manizha défend les couleurs de la Russie avec un titre baptisé Russian Woman. Construite sur un assemblage de sons concassés (R&B, hip-hop, folklore) comme les pays de l’Est ont pris l’habitude d’en livrer à l’Eurovision, la chanson pointe les injonctions faites aux femmes dans la société russe. Quelque part entre Catherine Deneuve dans Potiche et Missy Elliott qui ne reconnaîtrait plus ses petits, l’artiste propose une critique de la charge mentale, évoquant les exigences physiques réclamées aux femmes. La chose n’a pas plu à la franche la plus traditionnelle des téléspectateurs russes au point de provoquer un début de débat. Le porte-parole du gouvernement, Dmitry Peskov, s’est exprimé, avançant que l’Eurovision “est un show où des femmes barbues se produisent et où des chanteurs se déguisent en poules” et que donc il ne considérait pas le dossier Manizha comme “un sujet qui retient notre attention.” Ah, le mépris de ces hommes politiques et de ces intellectuels qui n’ont jamais vécu une finale d’Eurovision dans l’ambiance idoine… 

La Suède 

Tousin Chiza, alias Tusse, qui chantera sous la bannière suédoise, est né à Kinshasa  en 2002. Il a 5 ans quand ses parents quittent la République démocratique du Congo; 7 ans, quand il obtient le statut de réfugié en Suède. Lors des épreuves de sélection diffusées à la télé, le jeune homme a décroché sa place pour Rotterdam avec près de 3 millions de voix. Cette victoire sans appel n’a pourtant pas empêché racistes et haters d’ouvrir le débat dans un pays très sensible à la question de l’immigration. Dans un look glamour queer (qui ne doit pas non plus plaire aux déboussolés de l‘époque), Tusse, 19 ans, interprétera Voices, un titre hypercalibré pour la compétition – c’est-à-dire sans originalité, ni prise de risque. 

L’Arménie 

Pour des raisons politiques qui l’opposent à l’Azerbaïdjan, pays participant à la compétition, l’Arménie a déclaré forfait pour cette édition. Elle avait déjà jeté l’éponge en 2012, année où le concours est organisé à Bakou, capitale de… l’Azerbaïdjan. La direction du service public a justifié ce nouveau retrait, invoquant “les récents événements”, mais aussi “le peu de temps” laissé à la production.  

La Biélorussie

Disqualifiée par l’UER (l’Union européenne de radio-télévision) qui organise l’événement, la Biélorussie proposait une chanson qui ne respectait pas le règlement, stipulant que les textes et les scénographies en lice ne peuvent véhiculer de contenus politiques. C’était manifestement le cas de Ya Nauchu Tebya (Je t’apprendrai) interprété par Galasy Zmesta dont le sous-texte, selon l’UER, faisait référence à la contestation née après la réélection d’Alexandre Loukachenko.   

Chypre

Croisement entre Katy Perry et Shakira (profil classique à l’Eurovision depuis… un certain temps), Elena Tsagrinou se présente devant l’Europe avec El diablo. Une rengaine pop dance sans aucun intérêt, sauf pour les représentants de l’Église orthodoxe choqués par le refrain dans lequel l’artiste chante “J’ai donné mon cœur à El Diablo car il me dit que je suis son ange.” Tout cela prêterait à sourire si la polémique ne s’accompagnait de menaces, poussant la police à ouvrir une enquête.

Malte

Dans un style très gay pride, mixé à la tendance de l’empowerment, Destiny avance en femme puissante et annonce  – c’est le titre de sa chanson – Je me casse.  Une mise en scène jugée trop revendicative, voire trop féministe. Le titre, qui rameute tous les poncifs de la dance post-années 90, est pourtant l’un des grands favoris de la compétition 2021.   

Mardi 18 – La une – 20h30
Jeudi 20 – La une – 22h20
Samedi 22 – La une – 20h30 

 

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