HBO balance du lourd… et vacille

Sans Game Of Thrones cette année, on aurait presque oublié l’existence de la chaîne des séries. Netflix et ses sorties constantes avaient un peu éclipsé l’étoile du monument historique… Mais cette semaine, le savoir-faire HBO réplique, avec l’excellent Sharp Objects.

 

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Comme toutes les productions de la doyenne des séries, le thriller psychologique Sharp Objects est plus qu’attendu. Et tiendra ses promesses. Déjà, il y a le savoir-faire de HBO, qui se sent dès le générique. Ensuite, l’équipe derrière joue dans la catégorie ”classe mondiale”. Puis surtout, la productrice et scénariste Marti Noxon qui n’est pas personne. On la découvre à la saison 2 de Buffy contre les vampires (coup de vieux). À 53 ans, elle a aligné des épisodes de Grey’s Anatomy, Glee, Mad Men, le film sur l’anorexie To The Bone (disponible sur Netflix), unReal… Récemment, elle a créé Dietland pour Amazon Prime, histoire féministe avec Julianna Margulies. La place des femmes, la réflexion sur la violence qui leur est faite, c’est une des caractéristiques des séries Noxon.

L’idée d’adapter Sharp Objects – polar de Gillian Flynn à qui l’on doit Les apparences – vient d’elle. On applaudit. Elle permet de fouiller dans les relations qui unissent les protagonistes et de dépasser le simple enchaînement de scènes à suspense. Cette profondeur va bien à l’actrice Amy Adams (Man Of Steel, Contact). C’est la durée qui fait tout le sel de l’œuvre… On voit mal, d’ailleurs, comment on aurait pu dépeindre le caractère de Camille Preaker en une heure trente. Qui? L’(anti)héroïne. Dans la lignée des grands personnages féminins qui fleurissent dans les séries actuelles, de Capitaine Marleau à Fargo ou House Of Cards, Camille Preaker est une figure complexe et subtile, tirée dans tous les sens, bardée de zones d’ombre.

Pitchons, c’est l’heure

Tout démarre à sa sortie d’hôpital psychiatrique. Après s’être automutilée pendant des années, cette journaliste spécialisée dans les crimes revient dans sa petite ville, Wind Gap, dans le Missouri. L’occasion est belle pour HBO de nous livrer une peinture de la société américaine. De retour, donc, Camille revient dans la maison familiale, hantée de souvenirs et de non-dits, cohabiter avec sa mère toxique, Adora (qui tient à sa place dans la communauté) et une demi-sœur de 13 ans qu’elle connaît à peine. Puis surtout, elle enquête sur le meurtre de deux ados, trouble, mystérieux, qui lui rappelle d’ailleurs sa propre jeunesse. Avec l’auteure de Gone Girl aux commandes, on se doute que l’affaire va se corser. Et ça marche. On est clairement capté par ces familles dysfonctionnelles, ces souvenirs, la violence, la tension, palpable, qui s’infiltre. Esthétiquement, le pari est réussi. Il ne s’agit pas d’un ”simple” thriller à filtres verts! Bref, coup de maître et très belle surprise estivale… Bien plus que la précédente sortie HBO, Succession, disponible également sur Be Séries.

”Le Roi Lear des médias”. “Un Citizen Kane moderne”. ”Une satire de l’époque de Trump”. Succession était annoncé comme le must-see de juin. Un pater familias à la tête d’une énorme entreprise de divertissement, self-made-man, visiblement en train de sombrer dans la confusion mentale, doit passer la main à ses héritiers. Sur cette situation initiale vieille comme la légende de Cronos, se greffe la thématique du déclin des grands groupes, forcés à s’adapter à la modernité… Et celle, aussi, des gosses de riches pourris gâtés. Le cadet flambeur, l’aîné baba cool en rupture avec le monde du fric, la fille ambitieuse mariée à un cadre de la compagnie, le fils qui veut reprendre le flambeau mais reste écrasé par l’ombre du père, la belle-mère avide…

HBO

Mais ces personnages ne sont que des archétypes. On frôlerait même les intrigues de Dallas ou Dynasty. HBO y met sa patte. Par l’humour pince-sans-rire qui scande les intrigues, Succession lorgne vers la comédie. Le scénariste Jesse Armstrong, spécialiste de la satire politique (Veep), s’est attelé à l’écriture en 2010. L’idée de départ était infiniment plus politique d’ailleurs… Ce qui a fait que le projet a ressuscité à l’époque de Trump, mais sous forme de drame familial, avec le comédien – drôle – Will Ferrell en aide de camp. Certains moments ne sont pas sans finesse psychologique. Les acteurs sont détestables à souhait… Malgré tout, on reste sceptique. Cette histoire inspirée par Rupert    Murdoch nous a semblé poussive et pas franchement novatrice. HBO s’essoufflerait-elle?

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