Elegal: des personnages intéressants mais le rythme de Louis la Brocante.

La nouvelle série RTBF a déroulé ses deux premiers épisodes samedi soir, avec des résultats honnêtes, sans plus.

eLegal © RTBF

251.37 téléspectateurs (en moyenne) ont passé leur soirée avec le cabinet d’avocats De facto. C’est plus que Maigret la semaine précédente (192.274). Mais c’est nettement moins que Les innocents le lendemain (344.823 téléspectateurs la première semaine, 377.000 la deuxième) ou que le lancement d’Unité 42 en novembre. La série avec Patrick Ridremont avait atteint 350.000 personnes avec ses deux premiers épisodes…

Bien sûr eLegal est diffusé le samedi, alors que toutes les autres séries belges l’ont été le dimanche. Bien sûr les chiffres grimperont avec la vision décalée (enregistrements, Auvio, etc.). Bien sûr il faudra voir comment évoluera la série. Bien sûr le meilleur programme de la soirée samedi (la version française de Mariés au premier regard sur RTL) n’a obtenu que 273.000. Bien sûr la RTBF se réjouit d’une audience assez stable entre les deux épisodes, et souligne une hausse de 3,9 % par rapport à la moyenne de la case depuis le mois de septembre. Mais il faut aussi regarder les choses en face: les chiffres ne sont vraiment pas terribles. Et il y a gros à parier que si les programmateurs ont changé le jour de diffusion d’eLegal par rapport aux séries précédentes, c’est aussi parce que la concurrence est moins rude le samedi.

On le sait, eLegal aurait dû être programmé il y a plusieurs mois. En cause: des retards de production logiques, mais aussi une volonté de retravailler la fiction pour l’améliorer. C’est normal: si certains auteurs et réalisateurs étaient déjà très aguerris, la plupart sont débutants et apprennent encore leur métier. La trêve et Ennemi public ont obtenu des scores d’audience et de satisfaction qui représentent un sacré challenge pour les suivants. Le public s’habitue, les séries ne bénéficient plus de l’effet de surprise, et certaines sont forcément moins bonnes que d’autres.

Les défauts d’eLegal? Une trame trop classique sans doute, qu’on peut donc comparer très facilement aux séries françaises dotées de budgets nettement supérieurs. Un ancrage belge moins pronconcé que dans les précédentes productions du Fonds Wallonie-Bruxelles et RTBF. Et un rythme lent, trop lent. Si les séries dites nordiques (comme Unité 42 d’ailleurs) exploitent la lenteur dans l’atmosphère qu’elles déploient autour de l’intrigue, ce n’est pas le cas ici. Le premier épisode demandait peut-être une mise en place des personnages et l’explication de leurs rapports compliqués, le deuxième n’avait pas cet alibi.

Mettre en scène les violences hélas banales que facilite Internet (harcèlement, escroqueries, dénonciations…) était pourtant une bonne idée, et quelques personnages ont une vraie profondeur. Mais la réalisation manque de pêche, et les décors made in Ikea résonnent dans le vide. Raphaëlle Bruneau (Fran – photo) et le petit Esteban Gomez Navarro (Bartho) sont ceux qui arrivent le mieux à se libérer de ce sentiment général de préfabriqué, même si dans l’ensemble les comédiens défendent bien leur série.

Espérons que d’épisode en épisode eLegal se renforce et que les téléspectateurs, qui en viennent à juger les séries belges comme les autres, et plus comme des exceptions – ce qui représente une magnifique victoire pour la RTBF -, ne désaprennent pas le goût de la découverte.

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