E.T. 2.0

Conteur hors pair, Abrams signe un bel hommage à Spielberg et au cinéma populaire qui l’a fait rêver, adolescent.

super8

Ohio, 1979. Quatre copains et Alice, la plus jolie fille de l’école, tournent un film de zombies amateur et sont témoins d’un effroyable accident de train provoqué par une voiture folle. Que convoyait ce train étrange? Et pourquoi leur professeur de physique du collège a-t-il projeté son véhicule sur ce grand monstre métallique à la manière d’un kamikaze? Le mystère demeure et s’épaissit lorsque l’armée envahit et boucle la zone. Et que le shérif du patelin disparaît sans prévenir. Avec son scénario au parfum fantastique, on pense évidemment à Lost, série-concept d’Abrams au succès aussi inattendu que foudroyant. Mais ce qui intéresse l’ex-gamin qui bricolait des films super-8 avec son copain Matt Reeves (Cloverfield), c’est de retrouver la sensation de cette époque bénie du cinéma américain des années 80 et d’en prolonger la magie. Et à suivre la passionnante enquête de nos détectives en herbe à la recherche d’une créature fugitive, on pense aux Goonies, à Elliott convoyant E.T. sur son bicross en ombre chinoise sur la lune, au Sherlock Holmes ado de Levinson. Ou au très beau Starman de Carpenter, qui voyait un extraterrestre poursuivi par l’armée américaine se réfugier chez une jeune veuve. C’est une douce madeleine de Proust que nous offre Abrams (qui n’a pas repris pour rien les rênes de Star Wars). Et qui évoque un cinéma classique “que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître”, que Jim recycle pour nous faire passer le témoin à nos enfants et leur faire le même bien à l’âme. Car tous ces héros ont un point commun: celui de la perte. Comme le petit Joe du film, qui n’a plus sa mère. Le cœur de Super 8 est le même qui animait E.T. Le monstre, l’alien, descend du ciel pour finir par prendre en charge et emporter avec lui le chagrin d’un Terrien. Le cinéma est bel et bien cet art magique qui émerveille et guérit des blessures de l’existence.

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