5 hommes dans le désert

Un taxi pour Tobrouk fit de Lino Ventura une vedette. Retour sur la comédie antimilitariste à succès des sixties.

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Début des années 60. Denys de La Patellière est un noble, fils d’officier, qui fait défiler devant sa caméra le gotha du cinéma français de l’époque: Gabin, le fidèle (Les grandes familles, Du rififi à Paname), mais aussi Jeanne Moreau, Pierre Brasseur, Bernard Blier. Pas une pointure et il en est conscient: “J’étais un metteur en scène commercial”, dira-t-il, “et ce n’est pas pour moi un mot péjoratif”. Cela reste son credo pour Un taxi pour Tobrouk, qui deviendra son plus grand succès. Sa médaille d’honneur cinématographique. Pas un hasard, sans doute, car ce film résonne chez lui d’un écho particulier. C’est en effet après avoir perdu ses deux frères résistants que le cinéaste décide de tourner une comédie engagée contre la guerre. Pour en montrer sans grandiloquence l’absurdité, l’intrinsèque connerie. Le pitch est simple : 1942, quatre soldats français égarés dans le désert de Libye transbahutent un prisonnier allemand qui s’attire bientôt leur amitié. De La Patellière s’adjoint les services d’Audiard, le prince des dialoguistes, qui transforme cette réunion de bidasses paumés en pure poésie gouailleuse. Car, rappelle le cinéaste, “la guerre, ce n’est pas tragique 24 h/24. On blague, on attend, on boit des coups. On ne se tire pas tout le temps dessus, c’est le cinéma qui a fait croire ça”.

Et hors plateau, ça rigole aussi. Beaucoup. Une bonne humeur qui se voit à l’image. Aznavour et Biraud font tourner Ventura en bourrique, et lui joue la victime consentante. Le tournage est une vraie partie de plaisir. Enfin presque. La guerre – la vraie – couve en Afrique et les assurances refusent de suivre. À charge à de La Patellière de trouver un désert en Europe pour continuer le film. Ce sera Almeria, dans le sud de l’Espagne (Lean y tournera Lawrence d’Arabie). Les vrais chars allemands promis n’arriveront jamais. Des tracteurs et des camions à légumes sont maquillés en blindés. C’est la débrouille, mais la séquence fait illusion.Grande comédie populaire dialoguée et interprétée aux petits oignons, le film est une réussite. Mais son antimilitarisme ne fut pas du goût de tout le monde. Peu de temps après sa sortie, le big boss de Gaumont convoque le cinéaste. Malgré le succès, de La Patellière ne tournera plus jamais pour le studio.

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