Guillermo del Toro's Pinocchio sur Netflix : un Pinocchio comme vous ne l'avez jamais vu

Guillermo del Toro plonge Pinocchio dans l’Italie fasciste. Une adaptation sombre et surprenante où la mort plane au-dessus de tout.

Pinocchio
© Netflix

Que se passe-t-il avec Pinocchio? Qu’est-ce qu’ils ont, tous ces cinéastes, à vouloir réaliser “leur” Pinocchio: Matteo Garrone, Robert Zemeckis et aujourd’hui Guillermo del Toro? Qu’est-ce que ce pantin qui fait les 400 coups pour échapper à l’enseignement obligatoire leur permet de raconter d’eux-mêmes? C’est que le conte de Carlo Collodi est un miroir qui reflète ce que chacun ou chaque époque veut bien y voir.

Les contes pour enfants sont de drôles d’histoires qui charrient leur lot d’horreurs à peine masquées, de l’infanticide au cannibalisme. Jusqu’à il y a peu, on nous avait préservés des quelques secrets cachés dans l’histoire de Pinocchio, notamment sur le passé de Gepetto. Mais les dernières adaptations ont (enfin?) levé le voile sur les motivations de cet honnête menuisier à propos duquel on ne s’est jamais vraiment demandé s’il n’était pas trop vieux pour être le papa d’un petit garçon! Si, dans sa version photocopiée du classique Disney de 1940, Robert Zemeckis osait s’aventurer sur les traces d’un fils décédé et donc d’un deuil impossible, del Toro nous montre dans quelles circonstances meurt le fils de Gepetto, entraînant le pauvre homme dans une ­spirale de folie et d’alcool.

Une des grandes idées de cette version où la mort rôde dans les moindres recoins est qu’elle se situe dans l’Italie fasciste de Mussolini, allant jusqu’à troquer certains épisodes classiques du conte originel. Ainsi, l’île aux plaisirs où les mômes se transforment en ânes devient ici un camp d’entraînement pour les jeunesses fascistes! Mais pas d’inquiétude, l’esprit frondeur du pantin restera intact. Passé par le filtre de l’imaginaire visuel du ­cinéaste mexicain, Pinocchio devient une réflexion sur le choix, symbolique ou non, que tout être humain doit faire entre la vie et la mort, entre la lumière et les ­ténèbres. Et les ténèbres, del Toro a les images mentales qu’il faut pour nous faire comprendre ce que c’est. L’autre grande idée est l’animation en stop motion, avec des marionnettes (n’en sommes-nous pas tous?) qui ne sont pas particulièrement jolies. Anguleux ou outranciers, les visages et les corps ont pourtant un charme qui opère à mesure que se déroule le fil du récit. Le ­Pinocchio de del Toro se situe aux antipodes de ce que l’on connaissait. C’est un film beau et sombre comme le sont les grandes tragédies.

https://www.youtube.com/watch?v=L2O5TMO3egI

**** Disponible le 9 décembre sur Netflix

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