The Good Nurse : un thriller médicalement assisté

Sorti il y a quelques jours sur Netflix, le thriller glaçant « The Good Nurse » porté par Jessica Chastain et Eddie Redmayne vaut le coup d’œil. On vous dit ce qu’on en a pensé.

The good nurse
The Good Nurse © Belga Image

Le film suit Amy Loughren (Jessica Chastain), infirmière aux soins intensifs d’un hôpital débordé et en manque cruel de personnel. Dévouée, positive et dédiée à son travail, elle se lie rapidement d’amitié avec son collègue fraichement débarqué, Charles " Charlie " Cullen.

Ce dernier devient très vite un soutien indéfectible pour Amy qui souffre d’un problème cardiaque et doit élever, seule, ses deux filles. Ainsi, entre les deux collègues, une réelle amitié se crée dans un hôpital aux lueurs lugubres et au rythme harassant.

Mais très vite, des morts suspectes frappent le service. Certains patients meurent, sans réelles raisons apparentes. Ce qui ne manquera pas de faire resurgir le passé sombre de Charlie qui derrière ses airs angéliques cachent un lourd secret. SPOILER ALERT, c’est lui le responsable de ces morts. En trafiquant les sacs de solutions salines administrés au patient, il livre la mort, au compte-goutte.

Quelques légères faiblesses techniques balayées par un jeu d’acteur épatant

Le ton est donné. Ça sera nature peinture. Pas de grande prise de risque au niveau de la réalisation ni des prises de vues. On reste dans du simple et efficace, sans fioriture. Et si l’esthétique transpire le glauque, on ne quitte pas le " gris-bleu néon-gris-beige " traditionnel du milieu hospitalier.

De plus, les différents volets qui composent le film n’ont rien de particulièrement transcendants pour certains. Celui traitant de la police est même assez faible par exemple, avec deux commissaires sans aucune profondeur, ni dimension, jouant sur la même note tout du long.

Cependant, malgré ces quelques embuches, le film est prenant. En ayant fait le parti pris de nous mettre dans la confidence (le film s’ouvre sur une séquence particulièrement troublante où l’on assiste à la non-réaction de Charlie face à un patient en train de mourir), on ne perd pas de temps à chercher le coupable, il est connu. Et dès qu’il apparait dans le film, la tension grimpe et on est accroché.

Mais le jeu éblouissant et d’une qualité très supérieure de Eddie Redmayne et Jessica Chastain porte le film et lui confère une dimension supplémentaire. Tout en intériorité – mis à part une explosion de la part d’Eddie somme tout assez étrange – le lauréat d’un Oscar pour The Theory of Everything tient parfaitement le rôle de l’infirmier à la sollicitude calculée et faussement angélique et celle qui a été récompensée de la statuette d’or pour The Eyes of Tammy Faye lui donne superbement la réplique dans sa position d’infirmière émouvante, pleine de positivisme et de résilience.

D’ailleurs, le film gagne un soupçon de profondeur et gonfle en tension lors que l’on suit le difficile cheminement et dilemme auquel Amy fait face lorsqu’elle se rend compte que Charlie est responsable des morts.

L’hôpital comme machine à fric

En toile de fond du drame, à peine cachée, se transmet également une critique acerbe du milieu hospitalier américain. Ce que les réalisateurs qualifient plutôt d’ " industrie hospitalière américaine ". Où tout se paye.

Ainsi dans cet hôpital aseptisé éclairé sordidement par des néons et à la morosité ambiante, tout est compté. Le personnel manque, les corps des patients sont laissés là, à moitié nu dans leur lit, quand ils ne sont pas perdus. D’ailleurs, le moindre filtre à café est compté, tout est une question de procédure, de rentabilité, d’argent.

Comble de l’ironie, Amy souffre de cardiomyopathie et nécessite une transplantation cardiaque tout en étant à très haut risque d’infarctus. Cependant, comme elle ne travaille pas depuis un an dans l’hôpital, elle ne bénéficie pas de couverture médicale et n’a pas les moyens de se soigner. C’est donc une course contre-la-montre qu’elle joue, aidée par Charlie.

D’ailleurs, les dirigeants des différents hôpitaux dans lesquels Charlie a sévi préfèrent se taire, de crainte des représailles, tant la mauvaise publicité ou les poursuites judiciaires. L’argent l’emporte sur la vie des patients.

Basé sur une histoire vraie à glacer le sang

Il se trouve que ce thriller de haute facture est en fait inspiré d’une histoire vraie. Charles Cullen a réellement existé. En 16 ans de carrière, il a reconnu 29 meurtres, officiellement. Mais selon les experts, le bilan serait bien plus lourd. On estime qu’il serait à l’origine de la mort de 400 personnes. Et s’il est incarcéré à perpétuité (enfin, jusqu’en 2388), il ne s’est jamais expliqué sur ses actes.

Mais la question soulevée par le film n’est pas tant " Pourquoi " Charlie a fait ce qu’il a fait mais plutôt " comment " a-t-il fait pour s’en sortir, coup après coup, sans jamais être arrêté, sans aucune mauvaise recommandation. Défilant dans 16 hôpitaux en 9 ans et sévissant dans chaque, comment expliquer que rien ne l’a arrêté ?

Ainsi, Cullen n’est plus tant le problème, il fait plutôt partie d’un système gangréné qui n’a pas su protéger ses patients et a permis le désastre de se produire. Et c’est à voir incessamment sous peu !

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