1985 : que vaut la nouvelle série ambitieuse de la RTBF sur fond de Tueries du Brabant ?

Série belge coproduite par la RTBF et la VRT avec des moyens inédits, 1985 exploite l’une des pages les plus noires de l’histoire de notre pays.

1985
© Prod.
Diffusion à partir du 22 janvier à 20h55 sur La Une

Annoncée en 2018, tournée trois ans plus tard et dévoilée en juin dernier lors du 5e Canneseries, où elle figurait en sélection officielle parmi dix séries mondiales, 1985 débarque sur le petit écran en ayant déjà réussi son pari. “À Cannes, dans le grand auditorium de 2.300 personnes et vu le buzz que la série a provoqué là-bas, on se sentait comme des rois, un peu gênés. Mais que cette série abordant une histoire belge inconnue à l’étranger puisse plaire à un parterre international, ça a déjà été notre plus beau compliment !”, confiait en novembre son initiateur Willem Wallyn, à l’occasion de l’avant-première francophone, à Liège, après la flamande (à Gand) et avant celle de Bruxelles où partout, professionnels et public ont été conquis par ce premier projet d’envergure cofinancé par la RTBF et la VRT. Pour marquer le coup, nos deux chaînes publiques diffusent d’ailleurs la série au même moment. Une première…

Ambitieuse et articulée autour des Tueries du ­Brabant, 1985 nous plonge dans l’une des pages sombres de la Belgique où, début des années ­quatre-vingt, une série de braquages allaient causer la mort de vingt-huit personnes et faire plusieurs dizaines de blessés. L’affaire crée alors un climat de terreur, elle reste encore aujourd’hui énigmatique - les meurtriers n’ont jamais été retrouvés -, et a fait naître de nombreuses spéculations, parfois ­complotistes. On peut y voir les débuts d’une rupture de confiance d’une partie de la population envers les forces de l’ordre et le monde politique, un constat faisant forcément écho à notre époque. En cela, 1985 et son voyage temporel offre un certain éclairage, nous questionnant même sur les défis du monde actuel. Sans évidemment avoir la prétention d’apporter toutes les réponses. Car derrière des faits réels, la série suit surtout trois jeunes personnages fictifs (deux apprentis gendarmes et une étudiante débarquant à Bruxelles pleins d’illusions), prétextes idéaux pour permettre au spectateur de prendre du recul et humaniser un récit démarrant crescendo, avant de devenir intense. Et toujours impressionnant de réalisme. Ceux et celles qui ont connu cette époque reconnaîtront les costumes, l’atmosphère, les couleurs, les musiques ou même les voitures d’alors.

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Willem Wallyn, créateur au profil unique

Hyper-documentés, historiquement pertinents, narrativement censés et évitant tout sensationnalisme, les huit épisodes de 1985 ont été peaufinés grâce à d’importants moyens - 8 millions d’euros, pour quatre ans de travail et 86 jours de tournage -, la filiale belge de la Warner (Eyeworks) étant à l’origine du projet. Celui-ci doit sa création à un homme, Willem Wallyn, dont c’est l’œuvre d’une vie. Scénariste reconnu de 62 ans et passionné par cette affaire depuis l’adolescence, ce parfait bilingue a d’abord entamé une formation d’avocat, se retrouvant même stagiaire lors de la première commission parlementaire des Tueries. “J’avais un petit avantage, c’est vrai. Même mon kot d’étudiant a servi à la série! Mais cette histoire, qui démontre la fragilité de notre monde libre, a laissé une telle trace des deux côtés de la Belgique que je voulais la raconter. Et de la façon la plus universelle possible, pour que quelqu’un n’étant pas né à cette époque puisse comprendre comment ces événements violents étaient liés les uns aux autres. À chacun de juger, mais je pense que cette affaire résulte de beaucoup de dysfonctionnements.” Ce n’est pas un hasard si un réalisateur né en 1987 (et ancien élève de ­Wallyn) a été sollicité. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de Wouter Bouvijn, un des cinéastes ­belges les plus prometteurs, déjà auteur de deux séries à succès (Red Light, The Twelve). Ce dernier nous a confié: “En découvrant cette histoire dont je ne savais pas grand-chose, j’ai été choqué. Mais si on parle de l’échec d’une démocratie, on caresse l’espoir, sans être utopiste, que ces erreurs ne se reproduisent plus”. Une solide équipe où comme conseiller artistique, on retrouve Stijn Coninx (Daens, Sœur Sourire) qui connaît aussi le sujet, pour l’avoir abordé dans un film en 2018, Ne tirez pas.

Un fabuleux destin?

Si les trois interprètes principaux sont flamands, on croise dans la large galerie de personnages des habitués du Fonds Séries (La trêve, Unité 42, Baraki, Pandore…), comme Yoann Blanc ou Roda Fawaz, incarnant le sulfureux gendarme Madani Bouhouche. La série présente la particularité de faire évoluer chaque comédien dans sa langue. Les francophones la découvriront doublée (en télé) ou sous-titrée (sur Auvio). Bénéficiant d’un vendeur international de renom - Studiocanal en l’occurrence, c’est là aussi une première belge -, 1985 a en tout cas des atouts pour connaître un destin semblable à d’autres projets du genre, comme La meglio gioventù ou Chernobyl. Qui sait…

“Un résultat au-delà des attentes”

Lors de la projection de la série à Bruxelles (à Bozar) le 9 décembre dernier, étaient présents ce soir-là l’ancien officier de gendarmerie Herman Vernaillen, victime d’un mystérieux attentat - retracé dans la série - et David Van de Steen, auteur d’un livre après avoir vu mourir ses parents et sa petite sœur lors d’une attaque. Le premier, se considérant comme la première victime des Tueries et impliqué dans le scénario, a mentionné certaines réserves émises par les experts du dossier: “1985 ne fait qu’exploiter une des nombreuses hypothèses pour expliquer ces crimes. Mais pour ces spécialistes, ce n’est pas forcément la bonne”... Le second a quant à lui estimé que “le résultat de cette série, qui nous montre l’envers du décor, est bien au-delà de mes attentes!”…

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