Le monde de demain, une excellente série sur la naissance du rap en France

Le monde de demain vaut tous les documentaires pour comprendre les origines du hip-hop français.

Le monde de demain
© Arte
Diffusion le 20 octobre à 20h55 sur Arte

Nous sommes en 1983 dans la cité de Saint-Denis, en banlieue parisienne. Ils ne s’appellent pas encore Kool Shen, JoeyStarr, Dee Nasty ou Lady V. Bruno est bon au foot mais refuse d’aller jouer à Nantes, loin de ses potes. Didier vit avec son père, qui a une belle collection de vinyles mais la gifle facile. Didier revient de San Fransisco et squatte les platines d’une radio pirate plutôt tournée sur les sketches pornos. Virginie combat l’ennui et son mal-être en dessinant sur les murs de béton des HLM. C’est leur histoire qu’on va suivre… Réalisée par Katell Quillévéré (Réparer les vivants) et Hélier Cisterne (De nos frères blessés), la série événement Le monde de demain, Grand Prix au dernier festival Séries Mania, ne raconte pas seulement l’ascension des premiers héros du rap français. Elle élargit le point de vue en montrant des jeunes en quête de reconnaissance dans un environnement pas très lointain de ce que la France connaît aujourd’hui: montée de l’extrême droite, racisme ordinaire, médias traditionnels qui ne donnent pas la parole à la nouvelle génération, parents absents, crise économique, absence d’un futur.

Si on assiste au fil des six épisodes à l’avènement de NTM et que la bande-son se décarcasse pour nous remettre dans les oreilles les grosses basses funky qui animaient alors les fêtes clandestines, c’est bien une chronique sociétale qui est filmée ici avec un réalisme ne forçant pas le trait sur les clichés banlieue/jeunes/drogues sans pourtant rien édulcorer. Il ne faut que quelques plans pour nous (re)plonger dans les premières heures d’un mouvement qui ne s’attendait certainement pas à devenir la grosse machine mainstream qu’il est quarante ans plus tard.

Dans le premier épisode, il y a par exemple cette expédition en métro vers le Trocadéro où les futurs Kool Shen et JoeyStarr, qui se connaissent à peine, croisent un sosie de Renaud portant bandana et guitare mal accordée. Un haussement d’épaules, une vanne et ils s’en vont ailleurs, vers leur futur, vers une bande de jeunes qui improvisent des mouvements de breakdance. C’est juste parfait comme métaphore. Le jeu des acteurs, leur ressemblance avec les vrais protagonistes (particulièrement troublante pour Melvin Boomer qui incarne JoeyStarr) et le ton utilisé (on rigole malgré des scènes très crues) en font un témoignage aussi juste que touchant.

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