Sissi l’Impératrice sur Netflix : pourquoi tant d’amour ?

Surfant sur le phénomène des séries royales, Netflix propose L’impératrice, nouveau regard sur le mythe de Sissi, pionnière de l’actu people.  Décryptage qui tente de répondre à une question: mais qu’est-ce qu’on lui trouve?

L'impératrice sur Netflix à propos de Sissi
© Netflix

Dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Ernst Marischka veut réaliser une fable romantique pour faire oublier le passé nazi de son pays natal, l’Autriche. Il choisit d’illustrer le destin de l’impératrice Élisabeth d’Autriche et offre le rôle à Romy Schneider, jeune actrice allemande pas très connue. Sorti en 1955, le premier volet de la trilogie est un énorme succès, dépassant même les résultats d’Autant en emporte le vent. Obsédé par son désir de légèreté, Marischka occulte la dimension sombre de l’Empire autrichien et les écueils traversés par Élisabeth pour se concentrer sur son histoire d’amour avec François-Joseph, l’empereur.

Soixante-sept plus tard, l’effet Sissi est toujours actif. Les trois films de Marischka font partie des objets culte de la télévision qui a contribué à alimenter l’aura de cette série kitsch. Le personnage d’Élisabeth est régulièrement sorti des archives et fait l’objet de nouvelles adaptations s’inscrivant dans le goût du moment pour les fictions dites “royales”. Après Élisabeth – comédie musicale de Michael Kunze et Sylvester Levay jouée cet été à Bruxelles -, après Sissi, fiction proposée sur TF1 en décembre dernier, Netflix joue sa carte dans le grand bal avec L’impératrice, une mini-série en six épisodes.

Sissi, Lady Di: même combat

Comment expliquer la popularité d’un personnage, important certes dans l’histoire mais comme tant d’autres?  Comment décrypter le charisme de cette femme qui traverse les époques et semble être une source d’inspiration intarissable? Son histoire d’amour avec l’empereur François-Joseph – l’une des premières qui fait d’une souveraine une vedette – a évidemment suscité l’intérêt du public, toujours friand des grandes passions qui ont rythmé l’histoire. Même si des biographies ont démontré que la relation du couple impérial était loin d’être parfaite et ne correspondait pas à l’image à l’eau de rose véhiculée par toutes sortes de fantasmes.  Forcé de se marier à 23 ans pour assurer la descendance des Habsbourg, l’empereur était supposé épouser Hélène de Bavières mais choisira sa sœur, la duchesse Élisabeth de Bavière. Un scénario qui aurait pu faire le bonheur des magazines people d’aujourd’hui…

Sissi était une personnalité fantasque, impétueuse et peu formée au cadre de la monarchie. Une cour où sa spontanéité est muselée et où on la juge extravagante et irresponsable. Le parallèle est évident entre Élisabeth d’Autriche et Lady Di. Même si toutes les deux sont issues de l’aristocratie, elles sont propulsées dans un univers où leur intégration pose problème. Trop modernes pour leur entourage, l’une et l’autre porteront leur destin comme un fardeau et se sentiront incomprises. Leur fin tragique finira par consolider le mythe… historique et médiatique.

Après les trois premiers films d’Ernst Marischka, Romy Schneider refuse les 80 millions qu’on lui propose pour jouer dans un quatrième épisode, qui ne verra jamais le jour.  En 1972, elle accepte pourtant de se glisser dans le dressing et dans la peau de l’impératrice. Sous la direction de Luchino Visconti, elle tourne Ludwig, le crépuscule des dieux, drame consacré à Louis II de Bavière, cousin de Sissi qui apparaît ici dans une silhouette plus conforme à la réalité historique. Les productions récentes tentent, elles aussi, de corriger l’image fleur bleue de Sissi, capable d’utiliser le système pour défendre ses propres intérêts. Ces productions s’attachent à creuser la psychologie des personnages gravitant dans l’entourage d’Élisabeth – à l’instar de The Crown autour de la monarchie britannique. Un pari parfois risqué, comme le démontraient l’an dernier les réactions des internautes lors de la diffusion de la série de TF1, avançant un avis définitif: “Il n’y a qu’une seule Sissi et c’est Romy”.

Notre critique

Dans L’impératrice, on redécouvre le destin de Sissi (Devrim Lingnau), depuis sa rencontre avec François-Joseph jusqu’à ses premiers pas à la cour de Vienne. Cette nouvelle fiction va totalement à l’encontre de la représentation de Sissi ancrée dans l’imaginaire collectif. On suit ici la vie d’une jeune femme moins lisse que la fameuse trilogie avec Romy Schneider ne le laissait entendre. Une femme en proie à certains tourments et entretenant des relations conflictuelles avec ses parents, dépeints assez négativement. Alors que les événements politiques de l’époque – notamment la remise en cause du pouvoir en place – servent de décor à l’intrigue, les autres personnages prouvent leur importance dans le cercle au centre duquel trône l’impératrice. Entre les conflits intérieurs de l’empereur Franz, les rêves secrets de l’archiduchesse Sophie et les manigances de Maximilien, le jeune frère, le scénario se déploie en une saga sombre et tourmentée. Ce que souhaitait la scénariste, Katharina Eyssen: “Je voulais montrer une vérité sombre et cachée derrière un conte de fées et la propagande impériale”, dira-t-elle.

*** Netflix

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