House of the Dragon: ce qu’on a pensé du premier épisode

Ça y est, le préquel de Game Of Thrones a débarqué avec l’ambition de reconquérir les fans déçus. Mission impossible? On a vu le premier épisode. On vous en dit (presque) tout.

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© HBO

Le 19 mai 2019, au bout de 73 épisodes, après huit années et autant de saisons, Game Of Thrones s’achevait sur une déception à la mesure d’une saga qui avait changé la définition et le prestige des séries. Près de deux millions de fans sont allés jusqu’à signer une pétition demandant que la dernière saison soit refaite par des scénaristes compétents. C’est qu’avant ces ­ultimes épisodes, les spectateurs avaient assisté à la construction d’un univers complexe, mêlant jeux de pouvoir, mystère et magie, avant que le soufflé ne retombe dans ce qui ressemblait plus à un bâclage qu’à une apothéose.

Les acteurs de la série ont bien tenté de défendre les showrunners David Benioff et D.B. Weiss. John Bradley (Samwell Tarly, fidèle ami de Jon Snow) a expliqué que le combat était perdu d’avance: “Il était très peu probable que la fin puisse plaire à tout le monde. Cela comptait trop pour les gens pour qu’ils soient vraiment satisfaits”. Dans l’amertume des fans, Carice Van Houten (Mélisandre, la prêtresse rouge) a vu la preuve que la série était de qualité, mais n’a pas compris leur acharnement. “Cela dépasse le fait d’être fan. C’est de l’extrémisme. C’est effrayant. Je ­connais les scénaristes et je sais à quel point ils sont doués. Ils ne méritent pas ça.

Retour vers le passé

Mais même avec le recul et toutes les justifications avancées, on ne peut que constater qu’une sorte de tabou s’est installée autour de Game Of Thrones. La grande réunion des acteurs, présentée par Conan O’Brien, célèbre animateur de talk-show, est ainsi passée sous les radars. Autrefois référence absolue et mètre étalon dans le monde des séries, GoT n’est désormais évoqué que pour parler de ses spin-off et ceux-ci auront fort à faire pour reconquérir le cœur des fans.

House Of The Dragon, première série dérivée, est basé sur le livre Fire & Blood (Feu et sang) de George R.R. Martin, l’auteur de la saga du Trône de fer. C’est un regroupement de chroniques sur les faits marquants du règne des Targaryen sur Westeros. La nouvelle saga télé n’en reprend qu’une partie. Elle se déroule 170 ans avant le récit déjà adapté et raconte les événements de La danse des dragons plusieurs fois évoqués dans la série mère. Dans Game Of Thrones, nous suivions, entre autres, l’ascension de Daenerys Targaryen (Emilia Clarke) et sa reconquête de ­Westeros. Dans House Of The Dragon, on assistera à la guerre civile à l’origine de la perte des dragons et de la chute de la Maison targaryenne.

Noms familiers, visages (quasi) inconnus

Les noms des grandes familles et certains lieux nous seront donc familiers, mais on ne retrouvera aucun visage connu. Les premiers rôles sont tenus notamment par Emma D’Arcy (Wanderlust, Mothering Sunday), Matt Smith (Doctor Who, The Crown), Rhys Ifans (Harry Potter, Spider-Man) et Olivia Cooke (Bates Motel, Ready Player One). Les dragons sont une espèce éteinte au début de GoT. Via trois d’entre eux, la série montrait leur renaissance d’abord, puis leur lente croissance au fil des saisons. Mais dans l’ère de House Of The Dragon, les monstres ailés sont présents en nombre à Westeros. Emblème de la famille Targaryen, ils auront une place importante et droit à bien plus de temps d’écran.

C’est un bel argument en faveur de ce préquel. Mais pour beaucoup, la déchéance de GoT s’explique par l’absence de roman sur lequel Weiss et Benioff auraient pu s’appuyer pour piloter la fin de la série télé. C’est que The Winds Of Winter, cinquième et avant-dernier tome de la série littéraire, se fait attendre depuis plus de dix ans. Si pour cette première saison, La danse des dragons (une partie de Feu et sang) existe déjà, le matériel de base est cependant bien moins vaste et fourni que pour GoT. On est donc en droit de se demander si la qualité ne baissera pas au fil des saisons… s’il y en a plusieurs. L’auteur George R.R. Martin a supervisé la création de House Of The Dragon et en est l’un des producteurs. Comme ­showrunners, HBO a désigné le scénariste Ryan Condal et Miguel Sapochnik, réalisateur de plusieurs épisodes de Game Of Thrones dont l’iconique Bataille des bâtards (saison 6, épisode 9). Pas sûr que cela suffise à totalement rassurer les spectateurs échaudés. En tout cas, ils retrouveront la violence et le sexe qui ont largement participé au succès de GoT, même s’ils ont amené au passage quelques questions, sinon quelques protestations. La série avait ainsi été critiquée pour ses scènes de violence, voire de tortures sexuelles. Des excès que la production a décidé de ne pas reproduire dans cette nouvelle adaptation. “À la place, nous montrons les conséquences et l’impact sur la victime et la mère de l’agresseur”, a prévenu la scénariste et productrice Sara Hesse.

Polémiquement correct

Mais dans House Of The dragon, le sexe reste très ­présent, peut-être même trop selon l’un de ses acteurs principaux. Dans une interview, Matt Smith (Daemon Targaryen) a révélé qu’il était allé jusqu’à interpeller la production: “A-t-on vraiment besoin d’une autre scène de sexe? Et la réponse était: oui, on en a besoin. J’imagine qu’on peut se demander: qu’est-ce qu’on fait? Est-ce qu’on cherche à être fidèle aux livres ou est-ce qu’on cherche à les diluer pour mieux représenter notre époque? Et je pense vraiment que c’est notre travail de retranscrire les livres avec sincérité et honnêteté, tels qu’ils ont été écrits”.

La réponse de HBO est assez claire et, on l’a compris, à l’opposé d’une fidélité stricte à l’œuvre de Martin. Dans une époque susceptible et prompte aux croisades de boycott, les producteurs se sont montrés très prudents avec le politiquement correct, quitte à froisser les amoureux de l’univers de l’écrivain. Des lecteurs qui ont d’ailleurs crié au black­washing en apprenant que Corlys Velaryon était interprété par Steve Toussaint, un acteur noir.

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© HBO

Les showrunners assument. Ils ont voulu ajouter de la diversité dans House Of The Dragon et ne pas remettre à l’écran un “groupe de gens entièrement blancs”. Ces critiques concernant des castings “artificiellement diversifiés”, on les retrouve aussi à propos des Anneaux de pouvoir, l’autre série blockbuster de cet été, inspirée, elle, de l’univers du Seigneur des anneaux.

20 millions la mise

Bien conscient du potentiel de sa nouvelle création mais aussi d’enjeux délicats, HBO a mis le paquet. Le groupe américain aurait dépensé quelque 20 millions de dollars pour la production de chacun des 10 épisodes de cette première saison. Cela représente le double des investissements pour GoT. Les bandes-annonces nous ont déjà donné un aperçu de batailles épiques et d’effets spéciaux spectaculaires. Mais seront-ils capables de rallumer la flamme dans le cœur des téléspectateurs? HBO qui a vu ses ­audiences dégringoler après la fin de GoT y compte bien. Une saison 2 est déjà dans les cartons. Elle ne devrait pas tarder à être annoncée si les audiences des premiers épisodes de House Of The Dragon volent aussi haut que les records de Game Of Thrones (59 Emmy Awards, jusqu’à 40 millions de visionnages cumulés par épisode).

Épisode 1, saison 1

Voilà où nous en étions avant de découvrir, une dizaine de jours avant le reste du monde, le premier épisode de la nouvelle série. Écrire que les attentes sont hautes concernant House Of the Dragon est un euphémisme. Avant d’exprimer nos impressions sur ce retour à Westeros, il faut d’abord reconnaître que complètement satisfaire un fan de Game Of Thrones, trois ans après sa piteuse fin, est sans doute une mission impossible. Surtout avec un premier épisode condamné à installer en 65 minutes une époque, des personnages, des décors, une situation et enfin un début d’intrigue.

Se déroulant près de 200 ans avant GoT, le pilote commence par expliquer comment le roi Viserys Targaryen est arrivé au pouvoir alors qu’il n’était pas l’héritier direct du trône. Cette courte scène établit très vite deux enjeux majeurs de la série: la succession en l’absence d’héritier mâle et la possibilité ou non pour une femme de régner sur les Sept Royaumes. Ce point de départ qui semble forgé par les préoccupations d’aujourd’hui a en fait été écrit par George R.R. Martin il y a au moins cinq ans. Il fait d’ailleurs écho à une thématique déjà bien présente dans Game Of Thrones et les personnages de Daenerys, Cersei et Sansa.

Tout au long de l’épisode, on retrouve les codes auxquels nous ont habitués huit saisons de GoT. On sourit de contentement en réentendant le nom de Baratheon ou en apercevant le Trône de fer et l’emblème des Lannister. On a évidemment droit à un petit massacre en règle et à quelques membres découpés, ainsi qu’à un joyeux retour dans les fameux bordels de Port-Réal, avec scène d’orgie en sus. Écœuré par la fin décevante de Game Of ­Thrones, on croyait que la série ne nous avait laissé aucun manque. En réalité, on se réjouit de replonger dans cet univers. On est même un peu frustré que l’action se déroule exclusivement dans la capitale.

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Évidemment, malgré cette agréable impression de retrouvailles, House Of The Dragon ne peut soutenir la comparaison avec sa grande sœur dont nous ­connaissons tous les sortilèges étalés pendant huit ans. Les nouveaux acteurs devront grandir à l’ombre de cette nostalgie. Pour l’instant, aucun membre du nouveau casting ne semble capable de détrôner Kit Harington et Emilia Clarke. Mais le couple formé par Corlys Velaryon et la princesse Rhaenys ­Targaryen semble le seul sur la bonne voie. Ils apparaissent encore peu, mais leur charisme saute immédiatement aux yeux et leurs surnoms plutôt cool ne gâchent rien à l’affaire (The Sea Snake / The Queen Who Never Was, en gros le serpent de mer et la reine qui ne fut jamais).

Une balade en dragon

Si vous êtes de ceux qui trouvent que ça parlait trop dans GoT, ce premier épisode ne va pas vous rassurer. Forcé d’implanter un nouveau contexte et de présenter une pléthore de personnages, ce pilote est plutôt verbeux. Mais s’il faudra attendre la suite pour assister à de grandes batailles, on a déjà droit pour se distraire entre deux longues scènes de ­dialogue à une petite balade en dragon, à une expédition punitive et à des joutes équestres. Ces moments de bravoure n’égalent pas la stupéfaction affolante et excitante au lancement de la franchise quand en ouverture, au nord du Mur, elle nous ­faisait découvrir les Marcheurs Blancs et leur goût pour l’art morbide des puzzles humains.

Mais ce premier épisode ne manque pas de qualités. Les budgets conséquents transparaissent dans la ­réalisation et dans des effets spéciaux irréprochables. Les rivalités et les allégeances sont bien mises en scène. À la fin de l’épisode, les graines de la discorde sont plantées. On comprend qui seront les acteurs du conflit à venir. On peut rêver d’intrigues ­complexes, faites d’ambitions et de trahisons. N’a-t-on pas comparé les saisons de Game Of ­Thrones aux tragédies de Shakespeare?

Pour la suite, on a aussi une autre espérance. En un peu plus d’une heure, on aperçoit à peine les dragons. Vu la promesse du titre générique et des bandes-annonces, c’est une petite déception. Mais on peut aussi voir cette attente comme une tension supplémentaire installée chez les téléspectateurs. Quand démarre le générique de fin, on a en tout cas des sentiments mélangés. Le manque d’action nous laisse sur notre faim. Mais, en même temps, on voudrait que l’épisode suivant puisse se lancer tout de suite. On veut en voir plus. À ce stade, c’est probablement tout ce que HBO pouvait espérer.

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