Pistol: que vaut la série sur les Sex Pistols non-validée par le chanteur?

Adaptée des mémoires du guitariste des Sex Pistols, Steve Jones, la série biopic Pistol plonge dans les années “no future”. Une révolution vécue par son réalisateur Danny Boyle.

Pistols
© Disney+

Insultes, crachats, pogos, violence, musique urgente, le tout sur fond d’un no future social en Angleterre à la veille des années Tatcher. Avec de tels arguments et malgré la brièveté de sa carrière (né en 1975, dissolu en 1978 avec un seul album officiel à son actif), le groupe Sex Pistols incarne le punk dans sa dimension la plus irrévérencieuse. Pas étonnant qu’il inspire régulièrement les cinéastes. Après La grande escroquerie du rock’n’roll de Julien Temple en 1980, Sid And Nancy d’Alex Cox en 1986 ou encore The Filth And The Fury à nouveau mis en scène par Julien Temple en 2000, voilà donc le biopic Pistol qui débarque en streaming chez les amis de Mickey.

Réalisée par Danny Boyle (Trainspotting, La plage, Slumdog Millionaire), la série de six épisodes est adaptée de Lonely Boy, mémoires de Steve Jones guitariste du groupe. Si on regrette un parti pris trop systématique confrontant images d’archives “sales” et scènes de fiction à l’esthétique trop léchées, Danny Boyle sait, par contre, de quoi il parle. Le punk, il l’a vécu et le mouvement a même transformé sa vie. “Je ne serais pas ici à vous parler de mon travail s’il n’y avait pas eu les Sex Pistols, nous explique le réalisateur anglais âgé de 65 ans. Je suis issu d’une famille modeste de la classe ouvrière. Au milieu des années 70, tu étais jeune et puis tu devenais vieux. Il n’y avait rien entre les deux. Tu faisais comme ton père ou comme ta mère sans aucune autre perspective. Le punk a renversé tout ça. C’était une vraie révolution. Surtout dans une monarchie comme l’Angleterre qui s’engluait dans ce respect des traditions. Les punks disaient: “Fuck le passé, no future. Faites ce que vous voulez, soyez libres”. Les Pistols me faisaient un grand effet pour leur sens de l’irrévérence. Même si j’avoue que les chansons de The Clash me parlaient davantage.

Le premier épisode s’ouvre par les vraies images d’un concert de Bowie avec sa chanson Moonage Daydream et la série se termine par le symbolique No Feelings (Pas de sentiments) des Pistols. Boyle a particulièrement soigné la bande-son où on entend aussi Roxy Music, Je t’aime… moi non plus de Gainsbourg/Birkin, et Blondie. Il a casté toute la jeune génération du cinéma british sans trop se soucier de la ressemblance physique ou de la vérité historique. “Le plus gros challenge de Pistol était de filmer l’impression de chaos. Cette idée de chaos, c’était la contre-culture de l’époque. Les jeunes actrices et acteurs que vous voyez dans Pistol ont fait un énorme travail pour s’imprégner de cette culture. Lors des répétitions, je leur disais: “Votre existence est bien remplie aujourd’hui, vous avez tellement d’opportunités pour vous exprimer. Mais la vie des ados à l’époque du punk était vide.” En 76-77, ça ne se passait pas par les réseaux sociaux ou des selfies. Il y avait seulement la musique, la mode, la manière dont on se comportait en prenant le Tube (le métro londonien) face aux gens habillés en costard-cravate qui nous permettaient de nous sentir “jeunes” et différents de nos parents.

Série non validée

On le sait, John Lydon, ex-Johnny Rotten, le chanteur et parolier des Pistols, n’a pas validé la série. Il a même essayé – en vain – d’empêcher l’exploitation des chansons du groupe dans la BO. Son personnage, interprété par un Anson Boon sans nuances, n’apparaît, du reste, qu’à partir du second épisode. “J’ai rencontré John Lydon en 2012 quand je travaillais sur les JO de Londres. J’avais inclus de la musique des Sex Pistols et de Public Image Limited dans la cérémonie d’ouverture. Mais pour Pistol, il n’a pas voulu me parler. Les contacts se sont arrêtés à son manager et c’était “non”.  Je ne peux que respecter son point de vue. Mais si John daigne regarder la série, il comprendra que nous apprécions son travail et que nous l’avons mis en avant.

Notre critique

Paradoxalement, ce sont les personnages féminins qui sont les plus convaincants dans la saga Pistol. Talulah Riley, dans la peau de la styliste Vivienne Westwood, propriétaire du magasin SEX, QG de la scène punk londonienne et Sydney Chandler qui prend les traits de Chrissie Hynde (pas encore chanteuse des Pretenders, mais vendeuse à la boutique SEX) apportent une vraie valeur ajoutée. On regrette, par contre les choix esthétiques de Danny Boyle qui abuse tout au long des six épisodes de fondus enchaînés entre images d’archives et plans de fiction. Les scènes de live sont ce qu’il y a de meilleur à tirer d’une série trop conventionnelle dans sa narration qui s’égare sur des romances exagérées (entre Steve Jones et Chrissie Hynde) tout en nous faisant croire que Steve Jones était le moteur des Pistols.

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