Fils de: Marka nous emmène dans le Bruxelles underground

Connaissez-vous Bruxelles? En êtes-vous si sûr? C’est la question que pose la nouvelle série de la RTBF, Fils de, qui filme une ville, au-delà de la carte postale, dans ses retranchements ténébreux.

Fils de
© Jo Voets
Diffusion à partir du 15 mai à 20h05 sur Tipik

L’histoire tourne autour de la famille Pistone, dont le père, Franck (interprété par Marka), a fui au Maroc avec sa fille Sarah après un vol de diamants commis dix-sept ans plus tôt. Sans explication, il revient en Belgique et découvre que son fils, Camille, est dans une merde noire. Malgré les avertissements et le soutien de son ami Salim, Camille est menacé par la mafia de la drogue. Pour le sauver, Franck va ressortir les fameux diamants. Mission simple a priori. Le souci, c’est que ces diamants cachent un sombre passé. Les fantômes ressurgissent…

Le scénario pourrait faire penser à une énième série sur les gangs et la drogue. Mais le réalisateur Frank Devos l’assure: ”s’il n’y avait eu que cela, d’autres ont déjà très bien abordé le sujet” et il n’aurait pas forcément été intéressé. Ce qui l’a attiré, ce sont deux choses. La première, c’est cette volonté de ”montrer le vrai ­Bruxelles, avec les divergences entre ses quartiers, nous confie-t-il. Ils sont ­complètement différents mais ont les mêmes soucis, et ça, les gens ne le savent pas forcément.” Son but, c’était donc de retisser ce lien, de Matonge à la cité Hellemans aux Marolles, en passant par le quartier chaud de Neder-Over-Heembeek, Versailles, et les grandes maisons bourgeoises de banlieue. Une façon d’insister sur la multiculturalité de la ville, où on parle à la fois français, néerlandais, des langues extra- européennes. ”On n’est pas la première série sur ­Bruxelles. Mais la plupart du temps, on voit des endroits touristiques. Ici, on s’arrête dans des zones que même les Bruxellois ne connaissent pas, si ce n’est en passant en voiture. C’était aussi pour moi une bonne excuse pour m’y rendre. On a d’ailleurs demandé que les jeunes qui y habitent jouent dans la série.

Puis, ce qui a aussi convaincu Frank Devos, c’est l’histoire. ”Ce n’est pas seulement un film orienté action. Il y a de ça évidemment pour que la trame avance, mais ce n’est pas ça qui m’a attiré. Le plus important ici, c’est la famille. Qu’importe la culture à laquelle les personnages appartiennent, leurs histoires personnelles les amènent à faire les mêmes conneries. Pour moi, cela a été un déclic pour participer à ce projet.” Le concept est d’autant plus original que le scénario a été écrit par les acteurs qui jouent Camille et Salim, qui gardent même leurs vrais noms dans la série. Un choix symptomatique puisqu’en fait, ils y ont insufflé une partie de leur propre vécu. ”Ils connaissent ce monde et cela a permis de constamment se demander si tel ou tel élément était réaliste ou pas. Mais on ne voulait pas faire un documentaire non plus. Ici, c’est un entre-deux. Ce n’est pas toujours évident pour eux de switcher avec leurs positions d’acteurs, mais en tout cas, on a toujours été honnêtes. Ça a été un bonheur de ­travailler avec eux. C’était un travail d’équipe vraiment chouette.”

Personnages en nuances

Outre Camille et Salim, d’autres acteurs se font aussi remarquer. C’est le cas de Marka, qui tient ici son premier vrai rôle. Pourtant, il a vraiment hésité avant de l’accepter. Il a encore ”en travers de la gorge” des castings ratés, comme il nous le confie. ”C’étaient des choses que je n’avais plus envie de ­revivre”, dit-il. Puis face à l’insistance de l’équipe de Fils de afin qu’il la rejoigne, il en a parlé à sa femme, ­Laurence Bibot, et sa fille, Angèle. ”Ce sont elles qui m’ont dit de le faire, parce qu’il n’y avait rien à perdre. Puis je crois aussi qu’il y a un moment pour les choses. Si on m’avait demandé ça il y a 7 ou 10 ans, je n’aurais certainement pas été prêt.” Il était d’autant plus en ­confiance que le rôle d’un père lui plaisait. Il est aussi conquis par ”cette ­multiculturalité mélangée avec ces ­images de Bruxelles en jaune et rouge pétants. C’est ce qu’on aime dans les grandes villes, ce côté underground”.

Frank Devos note également l’importance des rôles féminins. ”Ce que j’aime bien, c’est que l’on montre des femmes fortes. Elles prennent des décisions, souvent bonnes, alors que les mecs font beaucoup de bêtises, avec les conséquences sur leurs familles”, dit-il, avant de relever la dualité des personnages masculins. “Ce n’est pas une série sur le machisme, mais on montre ce besoin ressenti d’être viril. Il y a de vraies émotions. Marcus, qui est le boss de Matonge, est dur dans la rue mais différent en coulisses. Tout est nuancé.”

Le réalisateur nous le concède toutefois: il faut le temps d’entrer dans l’histoire. ”Dans les deux premiers épisodes, comme au début de chaque série, il y a plein de personnages à dévoiler. Après, cela va dans une autre direction et les surprises s’enchaînent. J’espère que cela ne laissera pas le public indifférent. Je serais content si des personnes disent avoir appris des choses ou avoir été émues par certaines scènes.” Il peut se rassurer, la magie opère bel et bien, cette fiction reflétant des sentiments profonds dans des moments tragiques. Cette alchimie à la sauce bruxelloise doit mijoter un peu mais après, le résultat est là. Plus confiant, Marka sait ”que la série est réussie. Maintenant, j’espère que les gens du métier vont me demander de rejouer dans des nouveaux rôles. Il paraît que Lino Ventura a eu ses premiers grands rôles à 40 ans et qu’il n’a pas arrêté de faire du cinéma par la suite. Je sais que j’en ai 60, mais qui sait, ce sera peut-être le début d’une carrière à la Lino ­Ventura”.

*** Fils de

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