Pourquoi il faut regarder Heartstopper, la nouvelle série de Netflix

Ode à l’amitié et comédie romantique au temps d’Instagram, Heartstopper pose un regard bienveillant sur l’orientation sexuelle des ados d’aujourd’hui. Phénomène, la série convoque une galerie de modèles tous plus positifs les uns que les autres.

Heartstopper

Même s’il existe encore un décalage entre la réalité de la rue et la fiction télé, les séries qui mettent en scène des jeunes questionnant leur orientation sexuelle se multiplient. Reflets de notre époque, Love Victor, 13 Reasons Why, It’s A Sin, Young Royals (pour ne citer que les plus récentes) et, maintenant, Heartstopper livrent une image décomplexée des sexualités considérées jadis comme minoritaires et donc marginales. Adaptée d’un roman graphique destiné aux ados signé Alice Oseman, Heartstopper est au centre d’un buzz qui en fait l’une des séries Netflix les plus commentées du moment, mais surtout, l’une des séries (britanniques) les plus en phase avec la notion d’inclusion chère à ce début de siècle, soucieux de mieux représenter des personnages, hier, trop souvent invisibilisés.

 

Le pitch de Heartstopper n’est pas très original et tient en une ligne. Dans un collège anglais pour garçons, deux élèves, que tout oppose, tombent amoureux. L’un – Charlie, ouvertement gay, croit rêver lorsque l’autre – Nick, le joueur le plus populaire de l’équipe de rugby, s’intéresse à lui. Grâce à l’amitié qui le lie à Charlie et à l’expérience du sentiment amoureux qu’il éprouve à son égard, Nick se découvre bisexuel. Autour du duo, gravite un groupe d’amis et d’amies dont les profils renvoient à cette volonté d’illustrer la diversité des origines sociales et des identités sexuelles. Noirs, blancs, asiatiques, hétéros, gays, lesbiennes, trans, bi, extravertis ou introvertis – tous les personnages de Heartstopper ont quelque chose à dire de cet idéal de respect qui traverse aujourd’hui notre société.

Le langage de l’amour et des textos

Malgré la galerie plutôt joyeuse, le monde de Heartstopper n’est pourtant pas un monde de la perfection. Si la série aborde des thèmes adolescents intemporels (l’amitié, la jalousie, la loyauté, le pacte), elle évoque également des questions qui font hélas l’actualité des préaux et des cours de récréation – le harcèlement (dont Charlie a été victime), l’homophobie, la transphobie et, plus généralement, le rejet de l’autre sur base de son apparence ou de sa réputation. Au-delà des vicissitudes auxquelles ils sont confrontés, Charlie, Nick et les autres sont là pour offrir des modèles d’identifications positifs à un public jeune, parfois désorienté face à la découverte de l’amour et de l’attirance sexuelle. Comédie romantique à l’ère d’Instagram, Heartstopper montre comment le langage amoureux de la jeune génération s’est plié aux exigences de son temps. Déclarations, sous-entendus, clins d’œil et autres exercices obligés de la séduction passent par le smartphone et inspirent des textos cent fois relus, cent fois corrigés avant d’être envoyés pour le grand saut dans le vide.

Le regard d’hier et celui d’aujourd’hui

Un garçon qui tombe amoureux d’un garçon sur les bancs de l’école, l’histoire a déjà été racontée – notamment en 1964 dans Les amitiés particulières, film de Jean Delannoy (d’après le livre scandale de Roger Peyrefitte) qui retrace l’histoire d’amour platonique entre deux élèves, internes dans un pensionnat catholique. Avec un Michel Bouquet en soutane qui drague les garçons le soir dans le dortoir et demande pénitence face à son “trouble” (“Il faut beaucoup prier moi ”, dit-il), Les amitiés particulières est un film lugubre qui véhicule une image coupable de l’homosexualité, liée à de vils sentiments – la sournoiserie, la ruse – et à des actions malsaines comme la dénonciation. Tout le contraire de l’environnement positif traversé au quotidien par les filles et les garçons de Heartstopper…

Il est donc loin le temps morne où les personnages homosexuels – dans les films ou dans les livres – étaient d’office voués au désarroi moral. Dans les années 40, 50 et 60, les scénaristes sauvaient alors la mise en faisant vivre à ces “débauchés” un destin funeste ou – c’était monnaie courante dans les fictions de l’époque – en les poussant au suicide. C’est le cas dans Les amitiés particulières où l’un des deux protagonistes se jette d’un train… Découvrir Heartstopper, qui déborde de fraîcheur et pose un regard bienveillant sur les minorités, c’est aussi mesurer le chemin parcouru dans l’évolution des mœurs et se souvenir des combats qui furent nécessaires pour, aujourd’hui, produire et regarder ces séries, miroirs de nos vies.

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