Squid Game: pourquoi cette série fascine ou effraye

Sur Netflix, la série sud-coréenne Squid Game s’impose comme le phénomène (K-)pop de l’automne. Et laisse parfois ses spectateurs perplexes. Pourquoi tant de buzz?

Squid Game: pourquoi cette série fascine ou effraye
@ Netflix

Depuis deux semaines, pas un jour (voire une heure) sans une nouvelle info sur le succès de la série. ­Netflix, d’abord, insiste sur ses chiffres. La série a dépassé Lupin, les Bridgerton et La casa de papel dans son top des séries étrangères (traduire “non américaines”) les plus regardées. En deux semaines, elle est devenue numéro 1 dans 90 pays! Ted Sarandos, co-CEO et responsable mondial des contenus de Netflix, confesse ne pas l’avoir vue venir et ajoute qu’“il y a une grande chance pour qu’elle soit la série la plus populaire de notre histoire”. On nuance quand même en rappelant que la ­plateforme a revu son système de mesure des audiences en 2020. La firme de Reed Astings considère qu’un abonné a “vu” un de ses programmes… s’il en a regardé plus de 2 minutes.

La notoriété dépasse le monde du streaming. Sur TikTok, le réseau favori des ados et millennials, les vidéos estampillées du hashtag #squidgame ont été vues 29 milliards de fois à l’heure où nous écrivons ces lignes. Les tiktokeurs reproduisent les fameux challenges et se partagent la recette des dalgona candy, les bonbons de la deuxième épreuve. Les ­ventes des Slip-On blanches Vans que portent les personnages ont explosé de 7.800 %. Des images de la série ont dû être retravaillées car un numéro de téléphone qui y était indiqué est submergé d’appels. Le fournisseur d’accès sud-coréen SK Broadband intente un procès à Netflix pour que la société paie les coûts d’augmentation de trafic sur son réseau liés au succès. Le week-end passé, un pop-up consacré à la série installé à Paris a déclenché une émeute. Et la combinaison rouge des gardes sera le déguisement tendance de cet Halloween. Et on en parle beaucoup dans les cours de récré.

Massacre chez les Teletubbies

Le pitch de Squid Game est bon, c’est indiscutable. En condensé, durant 9 épisodes, on va suivre un jeu de survie. Acculés par des dettes, 456 hommes et femmes acceptent de participer à un événement, à l’organisateur inconnu. Ils en découvrent le principe. Ils s’affrontent dans 6 jeux d’enfants. S’ils ­perdent une partie, ils sont exécutés. Les derniers se partagent le gros lot de 45,6 milliards de won (environ 32 millions d’euros). Pas franchement nouveau. On achève bien les chevaux, Marche ou crève, Running Man, Battle Royale, Hunger Games, la série japonaise Alice In Borderland de Netflix (qui vient de réintégrer le top 10 belge de la plateforme, succès de Squid Game oblige), on ne compte plus les fictions qui revisitent ce concept. Alors quoi? La série est pile dans l’air du temps. Tout d’abord, elle interroge notre société hyper-individualiste et met en scène la lutte acharnée des classes. On trouvait déjà ce thème dans un autre énorme succès-surprise sud-coréen, Parasite, le film de Bong Joon-ho aux quatre oscars.

Tuer des pauvres par brouettes, c’est encore plus fort dans l’univers des Teletubbies. Le coup de maître de Squid Game, c’est d’avoir su créer sa propre esthé­tique, ses images fortes, iconiques et symboliques. Le monde réel est nocturne, éclairé au néon, misé­rable. En face, l’univers du jeu explose de couleurs et de créativité. Les cercueils sont des paquets cadeaux. Les candidats partent au massacre dans des cages d’escalier à la Escher, peinturlurées de pastel. Le parallèle avec Fortnite, LE jeu de survie de ces dernières années, saute aux yeux. On pense aussi, forcément, aux ambiances des groupes de K-pop… Ce qui a, enfin, permis à la sortie de toucher un large public, c’est qu’elle joue avec les jeux de l’enfance universels et met en scène la solidarité, la trahison, pour la survie (Koh-Lanta et ses jeux scouts ne fait pas autre chose). On s’étonne, finalement, que Ted Sarandos soit surpris de son succès. Quant à la question que tout le monde se pose: y aura-t-il une saison 2… La réponse est “sans doute, mais pas tout de suite”. Hwang Dong-hyeok, le scénariste et réalisateur, est actuellement occupé sur un film. Il a déjà déclaré qu’il n’accepterait de reprendre la série qu’avec de l’aide, car le projet l’a laissé sur les genoux.

squid game

© Netflix

Un jeu à faire peur?

Le message d’alarme d’une directrice d’école d’Erquelinnes a fait le tour de la Belgique et des médias. Dans la cour de récré, les mômes jouent à 1, 2, 3, soleil… mais frappent les perdants. Bruno Humbeeck, psychopédagogue chargé de recherche à l’Université de Mons ­explique: “Ce qui est différent ici par rapport aux jeux de guerre, qui ont toujours existé, c’est le passage à l’acte. La réaction de l’école a été tout à fait appropriée. Il n’est pas question d’interdire de regarder la série à la maison mais de rappeler la loi. On ne frappe pas, on ne menace pas à l’école, sinon on encourt une sanction. Il ne faut pas diaboliser cette série”.

Le pédagogue salue l’intelligence de la série, mais souligne son ambiguïté, destinée à un public adulte ou adolescent. “L’interdiction aux moins de 16 ans a du sens. Le problème est que tout y est rose, acidulé. Elle attire les plus jeunes, qui comprennent ce qui s’y passe mais pas le sens. Ils voient cette poupée qui joue à un 1, 2, 3, soleil et qui massacre…

Le pédopsychiatre rappelle que beaucoup d’enfants n’ont pas vu la série, mais des extraits, des teasers sur d’autres plateformes que Netflix. Aujourd’hui, face à la multiplication des écrans, il est impossible de ­contrôler ce que les enfants voient. “Le débat n’est pas de savoir si les parents sont coupables! Le travail d’éducation n’est pas de supprimer les images vio­lentes, car les enfants vont de toute façon y être ­confrontés. Ce qu’il faut faire, c’est éduquer et rectifier: à l’école, on n’est pas dans une série télé.” Nos enfants ne deviendront pas des serial killers après avoir vu des scènes de Squid Game sur TikTok, ­rassure le psy. “Si vous prenez les tueries de masse, le point commun entre tous ces adolescents, ce n’est pas d’avoir été confrontés à des jeux vidéo violents. C’est d’avoir subi une humiliation absolue. C’est pour cela que la prévention du harcèlement est beaucoup plus utile que la prévention de la violence sur écrans…

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