Florence Mendez sur France Inter : "Dès que j’arrivais, c’était une ambiance de merde"

L'humoriste bruxelloise Florence Mendez revient sur ses mois compliqués au sein de l'émission radio animée par Nagui sur France Inter, La bande originale.

Florence Mendez
D.R.

Ce jeudi-là, Paris grisaille. Veille de vacances d’été, l’air ambiant peine à franchir les 14 degrés sur la Ville lumière. Comme depuis des semaines, Florence Mendez ne trouve pas les mots. Pourtant, elle le sait. Cette fois, c’est la dernière. Mais le plaisir d’autrefois prend les aigreurs de l’angoisse. C’est songeuse qu’elle referme son ordinateur. La chronique est griffonnée. Enfin. Il ne lui reste quatre minutes d’antenne. Quatre petites minutes. C’est court. Mais lorsque l’on a l’estomac noué depuis plusieurs heures déjà, ces quatre minutes deviennent un supplice avant de se dissiper en délivrance.

Elle s’assoit. Au bout des lèvres, la bonnette rouge du micro France Inter. En face, Nagui, Daniel Morin et Leïla Kaddour. Ce 30 juin 2022, Florence Mendez propose son dernier papier. Engagé. Mordant. Provocateur. Dans le viseur, le harcèlement au travail. Mais à cet instant, derrière leur poste, aucun auditeur ne peut deviner la force du propos. " Souvenez-vous dans les années 2020, il y a eu une vague de tentatives de suicides chez France Télécom suite à des faits de harcèlement moral. Alors pas besoin de détails. La harcèlement moral, ce n’est pas aux collaborateurs de Nagui que j’ai besoin d’expliquer ce que c’est ", lance-t-elle. Dans le studios, des rires contenus. "Un des collaborateurs parlait de sa bosse qui devant les autres employés lui hurlait dessus. Je ne sais pas quel est le problème de cette meuf." Personne ne relève. "Mais il y a des gens avec des problèmes d’égo. Il y a des gens on dirait ils ont été fabriqués qu’avec des restes, c’est pas des humains. C’est des Bifi."

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Florence Mendez vient d’extérioriser tout ce qui la rongeait depuis des mois. Mais ce jeudi-là, à part les personnalités présentes en studio, personne ne pouvait imaginer que l’humoriste était victime de harcèlement au sein même de La Bande originale.

Ce dimanche, son compte Instagram rendait compte du calvaire qu’elle venait de vivre dans les studios de France Inter. "J’ai été victime de harcèlement de la part d’une (très) proche collaboratrice de Nagui. "

Florence Mendez, pourquoi avoir attendu quatre mois depuis votre dernière chronique pour parler de votre mal-être ? 

Je n’avais aucune envie de rendre cela public. La hiérarchie a rapidement été mise au courant des faits que je subissais. J’attends un retour de la DRH depuis des semaines. Mais là, c’était de trop.

Dans votre cas, comment s’est engagé cet harcèlement dont vous parlez ? 

J’ai toujours beaucoup de mal à comprendre. À la fin d’une émission au mois de mars, je demandais à un invité dessinateur de me faire un croquis sur le pantalon. Rien de plus. C’est sur cet élément que Leïla Kaddour a complètement vrillé.

Que s’est-il passé ?

Elle est entrée dans une fureur, une rage, une haine… " Pour qui tu te prends ?" , " Tu te crois où ?" , m’a-t-elle hurlée dessus. Elle m’a dit ne pas avoir arrêté le métier de prof pour se retrouver avec des gens comme moi… Je l’ai interprété comme trop dissipée, pas assez mature. Elle est parfaitement au courant que je souffre d’autisme. J’ai perdu mes moyens. Une violente crise de panique s’est emparée de moi. J’étais en larmes. Ma respiration devenait compliquée. Les pompiers ont été appelés pour m’aider.

Vous étiez seule ? 

Non, cela s’est déroulé devant le rédacteur en chef. Dans le fond, il y avait quelques personnes dans le studio.

Personne n’a réagi ? 

Personne. Je suis rentrée chez moi. Un supérieur qui était présent m’a dit par la suite que sur la forme, ça avait pu paraître violent. Rien de plus.

Et Nagui ?

Nagui il vient de la télé des années 80. Lorsque les animateurs étaient de véritables stars. Je n’ai rien contre lui personnellement mais tout le monde vous dira qu’il est odieux avec ses collaborateurs. C’est une autre école. Il n’est plus dans la réalité d’aujourd’hui. Il fonctionne avec des codes qui sont dépassés. D’après lui, la réaction de Leïla n’était pas particulièrement violente. Elle l’était !

On parle ici d’un fait… 

Oui. Mais cela s’est enchaîné par la suite. Elle ne m’adressait plus la parole, ne me saluait plus. J’étais devenue un fantôme. Je n’existais plus à ses yeux. Dans le studio, elle ne me regardait plus. Elle n’annonçait plus mes dates de spectacle, ni riait plus à mes chroniques. Dès que j’arrivais, c’était une ambiance de merde. Je ne me sentais plus du tout à l’aise. Venir faire rire les gens dans une telle atmosphère, c’est très compliqué. Puis il y avait de l’humiliation publique. Elle a refusé que j’entre dans un ascenseur avec elle et un invité. Je suis arrivée une fois au milieu d’un groupe où elle était présente. J’embrasse tout le monde pour leur dire bonjour. Arrivée à elle, elle m’a fait un signe de ses deux mains pour me repousser. Je venais avec des maux de ventre. Cela me poursuivait dans ma vie privée. J’étais moins souriante, moins heureuse. L’impact était important.

Son clan minimise ces agissements. 

Oui… On entend que je veux faire le buzz, que je suis une menteuse et une manipulatrice. Grand bien leur fasse. Ce n’est pas aux oppresseurs de décider ce qui fait mal ou non. Je me suis sentie rabaissée. Humiliée.

C’est la première fois que vous viviez pareilles sensations ? 

Lorsque l’on est autiste, le harcèlement, c’est dès l’enfance qu’on le vit. Être rejetée, mise à l’écart, moquée pour mes différences. J’ai déjà vécu tout cela. Mais si elle n’accepte pas que je sois différente, c’est son problème. On ne peut plus laisser des personnes agir de la sorte dans l’impunité et minimiser les dépressions, burnout, et les malaises psychologiques. Je me suis trop battue contre ma maladie mentale que pour me laisser hurler dessus de la sorte. Ce n’est pas moi la responsable du mal-être que je ressens lorsqu’on se met en furie contre moi. Mais mon passé ainsi que mon autisme me rendent bien plus sensibles à ce genre de phénomène. Tout est démultiplié. Lorsque j’ai été engagée, tout le monde a été averti de cela. Mais lorsque j’ai tenté d’expliquer la situation à Nagui, il a eu cette phrase terrible : " Ton autisme, c’est ton problème. "

Aujourd’hui, comment vous sentez-vous ? 

C’est comme sortir d’une séance chez le psy. Vous ne savez pas ce qu’il se passe mais vous êtes plus léger. je me sens libérée. Des centaines de personnes m’ont apporté leur soutien. J’ai reçu des témoignages de personnes ayant vécu pareille expérience qui comptent prendre la parole dans les prochaines semaines. Je vais me laisser quelques semaines pour souffler. Mais je sais parfaitement que ce que je fais est très néfaste pour ma carrière. Je suis grillée. M’attaquer aux agissements de Leïla, c’est m’attaquer à Nagui. Mais je préfère cela et être en accord avec mes principes.

Qu’allez-vous retenir de cette expérience ? 

La première chose, c’est que je regrette que tout cela ait dû prendre de telles proportions. Cela aurait pu se régler différemment avec de simples excuses. Mais si cela permet de libérer la parole d’autres personnes qui se sentent aujourd’hui mal dans leur environnement professionnel, alors ce sera gagné. Pour ce qui est de Leïla, je pense qu’elle a mal agi, mais je regrette le bashing qu’elle vit sur les réseaux. Dénoncer quelqu’un pour harcèlement n’autorise pas à le harceler en retour. Je ne demande d’ailleurs absolument pas son départ de France Inter. La prochaine fois, elle réfléchira sans doute avant de s’emporter. Et si je peux apporter un petit conseil, travailler dans un climat mêlant confiance, exigence et bienveillance, c’est bien plus agréable pour tout le monde.

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